L'hypocrisie
du discours des responsables de la banque centrale européenne est
patente.Avec eux,les robinets du crédit sont toujours fermés,sauf pour
renflouer les bourses.
Les dirigeants politiques et financiers de la planète ont beau
depuis plusieurs jours multiplier les déclarations rassurantes,visant Ã
minimiser l'ampleur et les conséquences de la tempête boursière,elle
souffle bien de plus en plus fort.C'est le cas à Paris comme
ailleurs,le CAC 40 est passé hier sous la barre de son plus bas niveau
de l'année.Les commentaires autorisés commencent d'ailleurs à changer
de ton.Alors que Bush semblait nier la semaine dernière toute
conséquence sur la croissance,le secrétaire américain au trésor,Henry
Paulso,vient de reconnaitre qu'elle serai
par les turbulences actuelles.Nicolas Sarkozy,qui n'avait pas trouvé
utile d'évoquer le sujet avec son homologue américain,lors d'un
pique-nique largement médiatisé,a tenu hier à afficher sa
préoccupation,demandant à la ministre de l'Economie,Christine
Lagarde,d'écourter ses vacances et de rentrer à Bercy,et adressant une
lettre aux autres chefs d'Etat du G7 pour leur proposer de travailler Ã
une Comme si
c'était là le coeur du problème .
Il est vrai que le niveau d'engagement des grandes banques et des
opérateurs du marché sur les prêts immobiliers à risque,les fameux
> américains à l'origine de la crise
actuelle,il n'est pas clairement identifié.Cette opacité accroit
l'inquiétude des marchés, qui ne localisent pas avec précision les
détenteurs de toutes ces créances douteuses,et cela aggrave les risques
d'une alors inévitablement très
contagieuse.
Mais s'en tenir à cela,c'est beaucoup trop court .Le problème de fond est l'enflure
de la financiarisation de l'économie mondiale.Les > immobiliers avec lesquels Bush a fait miroiter aux Américains
modestes le rêve d'une > ne
sont pas cas isolé.Ce type de techniques ou de produits
hyperspéculatifs à hauts risques se multiplie.Les LBO,qui servent Ã
financer l'acquisition par emprunts d'entreprises en difficulté et ont
servi en France à l'acquisition douteuse de plusieurs entreprises,sont
un autre exemple célèbre .
La question essentielle est donc de savoir si les gouvernements des
puissances capitalistes et les banques centrales qui sont au coeur du
dispositif acceptent de continuer à alimenter cette suraccumulation
financière ou se décident enfin à réorienter l'argent vers des
financements plus sains de l'économie réelle.
La vérité est que pour le moment ni les uns ni les autres n'envisagent de changer de cap.
L' hypocrisie du discours des responsables de la banque centrale européenne éclate dans cette affaire au
grand jour.Ils maintiennent le robinet du crédit fermé au prétexte de
lutter contre l'inflation.Mais quand il s'agit d'empêcher l'écroulement
des cours boursiers,ils injectent des centaines de milliards d'euros de
liquidités.Avec la BCE,il n'y a jamais d'argent,sauf très cher,pour
financer les investissements.Mais que la bourse tousse,et les robinets
se débloquent.Le pire,c'est que la BCE pourrait bien chercher demain Ã
éponger ce gâchis financier en renchérissant de nouveau le
crédit.Malgré la crise,elle n'aurait,semble-t-il,pas renoncé Ã
augmenter ses taux en septembre.La fuite en avant,toujous et encore…
Il faudra plus qu'une lettre de Nicolas Sarkozy à ses acolytes du G7
sur la transparence des opérations boursières pour soigner le mal.Sans
changement de cap sérieux de la politique du crédit,sans réforme du
statut de la BCE et réorientation de ses missions,rien ne sera
durablement possible.
Pierre Laurent l'Huma du 17 / 08 / 07
|