Libertés et Responsabilités des Universités. Vraiment ?
Par Pierre BOUKHALFA le mercredi 26 septembre 2007, 07:30 - Education - Culture
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Adresse aux personnels et aux étudiants
Une attaque sans précédent contre l’enseignement supérieur français
La loi « libertés et responsabilités des universités », adoptée par le
Parlement dans l’urgence est publiée au JO du 11 Août 2007.
Le calendrier d’application est tout aussi précipité : les 84
universités sont censées se mettre en conformité d’ici le 11 Août
prochain.
Le calendrier imposé par la loi
- adoption avant le 11 février de nouveaux statuts conformes à la loi,
sinon le ministère imposerait un CA de 20 membres et un statut type.
- élection des nouveaux CA et des CS et CEVU avant le 11 août 2008
- élection des nouveaux présidents d’université, ou confirmation de
ceux qui, élus actuels, avaient encore plus de 6 mois de mandat à
courir.
Cette loi met en cause le modèle universitaire français, les
libertés académiques, le pluralisme des idées et l’égalité de
traitement sur tout le territoire. Elle est inacceptable ! Il faut la
changer !
Cette loi porte la menace d’un désengagement financier de l’Etat : des
mesures comme le transfert du patrimoine de l’Etat aux établissements
d’enseignement supérieur ou les possibilités étendues de création de
fondations mettent en cause l’égalité de traitement et peuvent amener à
des opérations de bradage du patrimoine (possibilité de vente), ou de
partenariat étroit avec des entreprises, dans un contexte de manque des
crédits nécessaires. Ce désengagement est
confirmé par l’absence de collectif budgétaire 2007 et par un projet de
budget 2008 sans création d’emplois pour l’Enseignement Supérieur et la
Recherche, mais marqué par un effort financier massif, sans
contreparties, en direction du crédit impôt recherche, c’est-à-dire des
entreprises.
La loi constitue une attaque contre les statuts des personnels BIATOSS et enseignants chercheurs :
- elle modifie les modalités de recrutement des enseignants-chercheurs,
au détriment de leur fondement disciplinaire et de la collégialité
(composition du comité de sélection, disparition annoncée des
Commissions de Spécialistes et transfert de leurs autres missions au
Conseil Scientifique), fragilisant ainsi la liberté de développement de
thématiques de recherche et de constitution d’équipes et la qualité de
l’enseignement ;
- la loi donne la possibilité aux présidents – et ceci peut être étendu
aux autres établissements d’enseignement supérieur publics – de
recruter des contractuels en CDD ou en CDI pour assurer des fonctions
d’encadrement technique et administratif ou d’enseignement et de
recherche ;
- les pouvoirs des présidents – qui pourront être réélus – sont aussi
considérablement accrus, notamment en matière de personnels (nomination
avec droit de veto, services, octroi local des primes, …).
Le statut de la fonction publique d’état doit être clairement
garanti pour le recrutement des personnels. La résorption de la
précarité nécessite la création de postes de titulaires en nombre
suffisant. Conformément à la tradition universitaire et dans le but de
garantir la qualité et l’indépendance scientifique et pédagogique des
enseignants-chercheurs, la liberté de la recherche, le recrutement des
enseignants chercheurs doit s’appuyer sur les fondements suivants :
champ disciplinaire concerné, présence de pairs majoritairement élus,
parité entre les catégories d’enseignants chercheurs.
Le fonctionnement des universités est mis en cause : diminution
drastique du nombre de membres élus du CA mettant en cause le
pluralisme scientifique et démocratique; sous-représentation des
personnels BIATOSS, des étudiants, « prime majoritaire » dans les
collèges d’enseignants-chercheurs pour la désignation au conseil
d’administration. La possibilité d’exercer un contrôle démocratique des
décisions par les élus des listes minoritaires est niée, ce qui risque
d’exacerber des tensions artificielles entres disciplines et collègues
et entre secteurs. Par ailleurs, pour les personnalités extérieures
nommées par le président, il y a déséquilibre au niveau de la
représentation du monde économique et social, à l’avantage des chefs
d’entreprise et au détriment des représentants des salariés.
La vie démocratique des universités et des autres établissements
d’enseignement supérieur doit être améliorée et permettre notamment la
participation aux décisions des étudiants et des personnels de toutes
catégories (enseignantschercheurs, enseignants, chercheurs, BIATOSS),
de tout secteur et des diverses sensibilités.
Seul le service public de formation supérieure et de recherche est capable d’investir l’avenir !
Répartie également sur tout le territoire, l’augmentation du budget
de l’enseignement supérieur de 1, 8 milliards d’euros promise en
juillet doit permettre des créations d’emplois de personnels titulaires
en nombre suffisant, le financement de l’enseignement et de la
recherche tout comme celui des bâtiments et de la vie étudiante.
La lettre de mission de N. Sarkozy à V. Pécresse, les diverses
déclarations gouvernementales et les mesures accompagnant cette loi
éclairent les objectifs du gouvernement. Ainsi, au niveau des EPST, ce
sont les missions qui seraient remises en cause par leur transformation
en agences de moyens, l’abandon de l’évaluation des unités par le
Comité National, avec l’affectation des chercheurs et ITA dans les
laboratoires gérés par les universités. Ainsi encore, s’il a dû
renoncer à inscrire la sélection en Master dans le texte, le
gouvernement – comme l’attestent les déclarations de la Ministre
(mesures d’orientation pour la fin du 1er semestre de licence, par
exemple) – n’a pas renoncé à ses intentions. Le chantier « vie
étudiante » se traduit par l’absence de mesures significatives à cette
rentrée concernant l’amélioration des aides sociales et le logement
étudiant, et l’incertitude sur le devenir des OEuvres Universitaires.
Cette loi est présentée comme LA solution aux problèmes des
universités, alors que l’enseignement supérieur souffre aujourd’hui
d’un manque de moyens et d’unité. L’enjeu majeur de la réussite
initiale des étudiants nécessite une transformation des premiers cycles
universitaires et de l’aide sociale aux étudiants.
Au lieu de confisquer l’avancée des connaissances au service
d’intérêts économiques et marchands et de limiter l’accès au plus haut
niveau de connaissances d’un grand nombre de jeunes et d’adultes, il
faut aller vers 3 millions d’étudiants, 15000 docteurs. Le rapport de
l’OCDE de septembre 2007 montre le retard pris par notre pays en la
matière.
Les organisations signataires appellent
• les personnels et les étudiants à débattre dans les établissements
(réunions d’information, assemblées générales intersyndicales, assises
locales de la recherche, instances des établissements, …) du contenu et
des conséquences de cette loi et de cette politique ; ils pourront
trouver dès maintenant dans la signature de l’Appel des Cordeliers
lancé en juillet (www.universite-recherche-democratie.fr) une première
forme de résistance solidaire et collective ;
• la communauté universitaire et scientifique à décider
démocratiquement d’actions pour s’y opposer et pour construire
l'élaboration d'un tout autre cadre législatif, avec une programmation
budgétaire pluriannuelle qui rende caduc le texte du 10 août dont les
dispositions sont dangereuses pour les universités, les autres
établissements d’enseignement supérieur et la recherche.
Signataires :
FSU : SNESUP, SNCS, SNASUB, SNEP, SNETAP
CGT : FERC SUP, SNTRS, UGICT, CGT CROUS,
UNSA : SUP’RECHERCHE, SNPTES, A&I
SUD : SUD-EDUCATION, SUD-RECHERCHE-EPST, SUD ETUDIANTS
UNEF
SLR
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