| samedi 29 septembre 2007, a 08:52 |
| De nouveaux citoyens s'adressent à la police . |
Des citoyen.ne.s français.es écrivent aux forces de l’ordre
Mesdames et Messieurs les membres des forces de l’ordre,
Citoyennes et citoyens de France, nous souhaitons vous
dire simplement et sans hargne un tout petit peu de notre douleur et de
notre fureur, pour avoir été témoins ou eu connaissance d’expulsions
d’enfants et de familles vers des pays où la misère et où les risques
de mort sont bien connus.
Nous savons que ce n’est pas de gaîté de cœur que
certaines et certains d’entre vous accomplissent de telles missions au
service d’une politique « forte » qui veut effrayer, croyant (ou
feignant de croire ?) que cela aura un effet de dissuasion sur les
personnes qui pensent immigrer.
Ce qui est aussi très difficile à accepter, c’est la
transformation du rôle de la police et de la gendarmerie. La raison
d’être de ces institutions n’est-elle pas en effet de protéger la
population et de lui permettre de vivre en sécurité ? Rôle dont nous
mesurons pleinement l’importance et la difficulté.
Pourtant, ces personnes qui ont immigré, non seulement
ne nous agressent pas, mais sont nos voisin.e.s, nos ami.e.s, nos
élèves. Elles n’ont commis d’autre délit que de n’avoir pu obtenir des
documents de séjour (parfois même en raison d’erreurs de
l’administration, de changement des lois ou de telle politique
opportuniste).
Nous nous demandons ce que peuvent ressentir celles et
ceux d’entre vous qui, sous la pression des « objectifs chiffrés de
résultats », acceptent un ou plusieurs des actes suivants (ou, pour
quelques-un.e.s peut-être, choisissent d’aller au delà de ce qui leur
est demandé) :
– aller chercher des enfants dans ou près de leur école
pour les conduire en centre de rétention ;
– convoquer des familles en leur faisant croire qu’elles vont recevoir
leurs papiers alors que ce stratagème conduira à leur arrestation ;
– enfoncer des portes derrière lesquelles se tiennent des enfants
terrorisé.e.s ;
– utiliser des gaz lacrymogènes comme le feraient des personnels du
GIGN en cas de menace imminente majeure ;
– menotter et malmener des parents sous les yeux de leurs enfants ;
– étouffer des personnes refusant d’embarquer, au point que certaines
en sont mortes ;
– accompagner dans l’avion des personnes qui seront violentées ou, pour
certaines, tuées à l’arrivée ; – pratiquer le chantage, l’intimidation,
brandir les termes « d’outrage » ou de « rébellion », oubliant les
droits des administré.e.s ;
– menacer les citoyen.ne.s qui protestent contre de telles violences.
Nous ou nos proches avons été témoins de ces situations indignes de notre pays, la France.
Mais il y a aussi d’autres petites victimes de cette
politique et, un jour peut-être ce seront vos propres enfants qui vous
poseront des questions à la suite de la disparition d’un.e de leur
camarade. Nombre d’enseignant.e.s et de parents peuvent déjà témoigner,
hélas, des traumatismes qui frappent les enfants de leur école.
Il se peut que la lecture de ce texte suscite comme
défense le sentiment de ne faire qu’obéir aux ordres. Nous pouvons le
comprendre mais non l’accepter : d’autres ont déjà répondu la même
chose à une triste époque pas si lointaine. L’Histoire les a jugés,
comme elle a su reconnaître celles et ceux qui ont pris la
responsabilité de la désobéissance civile et morale.
Au demeurant, nous voudrions rappeler qu’aucune loi ne
dispense de respecter les droits humains fondamentaux, qu’aucun ordre
ne peut conduire à humilier, molester des gens sans défense. Même dans
l’armée, l’obéissance aux ordres reconnaît une limite : celle de la
conscience personnelle.
Nous respectons la police quand elle contribue Ã
l’harmonie de la société mais nous ne voulons pas que, malgré
l’honnêteté d’une majorité d’entre vous, cette société ne puisse plus
supporter l’image globale qu’en donne une minorité. Loin de condamner
cette minorité de vos collègues, nous pensons que vous pouvez les aider
à retrouver les chemins qui honorent, en tirant la solidarité vers le
haut.
C’est donc à un sursaut collectif que nous vous
appelons, seul espoir pour que la nation se réconcilie avec vous, avec
les institutions chargées de protéger les personnes. En cela, vous
aurez su tirer à temps les leçons de l’Histoire. Si vos organisations
professionnelles, vos syndicats portent sur la place publique une
parole forte, témoignant de votre refus que votre mission soit dévoyée,
alors, avec nous, le pays vous soutiendra.
Des citoyennes et citoyens qui défendent la dignité de toutes les personnes,
les sans papiers comme les forces de l’ordre.
le MRAP 06 s’associe à cet appel.
Chacun-e, Ã titre individuel ou avec son organisation
peut reprendre ce texte (ou en faire un autre) et l’envoyer aux
organisations et syndicats de policiers, gendarmes, CRS...
De : MRAP Nice
vendredi 28 septembre 2007 |
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