La réalité est tout autre. Les banlieues, la banlieue dans toutes les
villes de France, c'est la vie de millions de foyers, c'est « la vraie
vie des vrais gens » et il en est, comme en Seine Saint Denis – l'un
des départements les plus pauvres du pays, c'est vrai...- qui refusent
les visions misérabilistes, qui mettent en avant la création, le
travail, le désir d'entreprendre, la culture. Qui ne voient pas la
jeunesse comme un problème mais la voient comme l'avenir.
Sauf que les banlieues, deux ans après
et selon les mots des maires rassemblés au sein de l'association Ville
et banlieue, sont absents « de toutes les priorités affichées par le
gouvernement ». Oh, il y a une secrétaire d'Etat à la Politique de la
ville, et la nomination à ce poste de Fadela Amara, la présidente de Ni
putes ni soumises a été une belle annonce. Belle annonce encore que
celle d'un « plan Marshall » pour les jeunes. On se pince quand on lit
ce qu'il en est. Sur l'emploi, il faut bien sûr activer « tous les
dispositifs », activer « tous les leviers » mais l'objectif, c'est «
tolérance zéro pour la glandouille ». Sur l'éducation, il faut
enseigner aux enfants les valeurs de la République et « je souhaite
consacrer une journée à l'éducation au respect, comme nous avons une
journée pour la Fête de la musique ».
Donc le chômage, massif chez les
jeunes, les discriminations à l'embauche selon que l'on vient de
Neuilly ou de Clichy, que l'on s'appelle Paul-Antoine ou Ahmed, c'est «
la glandouille ». La formation, l'éducation, c'est apprendre le respect
– et une journée par an – quand la réalité, c'est celle d'une société
qui, 365 jours par an, ne respecte pas une partie de ses membres en
termes de droit au travail, à un logement décent, à un salaire correct,
à une école dotée des moyens suffisants, à des services publics proches
et de qualité.
Voilà quelques mois, un élu de droite
de banlieue se définissait avec colère comme « une serpillière de la
République ». Avec ces « propositions » qui ne sont pas autre chose que
du Sarkozy dans le texte, il aura une serpillière à fleurs. Rien
d'autre.
Car c'est même l'inverse. Non
seulement en deux ans rien de concret n'a été fait mais la dotation de
solidarité urbaine qui permet aux communes les plus défavorisées de
faire face à une partie de leurs charges sera cette année inférieure de
30 millions d'euros à ce qui avait été annoncé, en en faisant grand
cas, par Borloo quand il lançait en 2006 son plan de cohésion sociale.
Lequel Borloo a depuis oublié la banlieue, tout à son enthousiasme
environnemental. Les banlieues ne sont pas une question relevant de
l'environnement.
En revanche elles sont, semble-t-il,
un terrain propice aux provocations. On se souvient des mots
incendiaires. Racaille, Karcher. Plus récemment le président de l'UMP
accusait les élus communistes de maintenir leurs villes dans la
pauvreté pour garder leur électorat. Etonnant, tout de même, de s'en
prendre à ceux qui, avec d'autres, sont au plus près des habitants, de
leurs difficultés. Mais peut-être ce gouvernement n'a-t-il cure de la
situation des banlieues. Au contraire. Le libéralisme, le sarkozysme
vont à l'opposé des solidarités, du service public, du sens de
l'intérêt général. Ils désintègrent pour régner.