Europe et délocalisations : Mandelson, mieux que Bolkestein

Mis en ligne : 28 novembre
Le
patronyme Mandelson va-t-il ravir la vedette à Bolkestein en matière de
notoriété, sur les banderoles des manifestations notamment ?
L'actuel
commissaire européen au commerce – ex notable travailliste anglais-
concocte, fort discrètement, un projet qui mérite la palme d'or de la
destruction d'emploi et de la démolition de l'industrie, au même titre
que la directive services préparée par l'ancien commissaire était une
véritable torpille contre le droit du travail.
C'est l'euro-député communiste français Francis Wurtz
qui a lancé ce pavé dans la mare. C'est en octobre que le collège des
commissaires a débattu de la proposition Mandelson, extrêmement lourde
de conséquences. Celle-ci consisterait à exempter les entreprises
européennes, qui ont délocalisé leur production dans des pays tiers à
bas coût, des droits antidumping applicables aux produits exportés vers
l'Union à des tarifs inférieurs à ceux normalement pratiqués en Europe.
L'affaire était restée cachée avant qu'un journal de Bruxelles,
Européan Voice, ne s'en fasse l'écho. Le papier indique que Mandelson a
reçu le soutien de ses collègues de la Commission.
Les conditions fixées par le commissaire aux sociétés
pour bénéficier des largesses promises sont extrêmement floues. Il leur
serait simplement demandé de « démontrer qu'elles ont des liens forts
avec l'Union européenne, à travers des ventes, des volumes de
production et par d'autres critères ». Selon un document interne
mentionné par ce journal, le changement de la règle est justifié par
les besoins de la mondialisation. Le journal informe d'une première
réaction de plusieurs Etats membres à bas salaires qui redoutent la
concurrence des pays à bas coûts hors UE. Comme quoi la mise en
concurrence des salariés tire toujours vers le bas. D'autres pays
seraient également défavorables au projet Mandelson.
Aussi afin d'éviter d'avoir à affronter un vote à la
majorité qualifiée, Mandelson envisagerait de recourir à une manoeuvre
de contournement en optant pour la forme de « lignes directrices ».
Décision attendue début décembre. Le député Francis Wurtz a donc
vivement reproché à la Commission et à son président Barroso de n'avoir
pas fait mention dans son discours de ce projet, absent de toute
référence également dans la communication de la Commission sur son
programme législatif pour 2008. Il s'agit pourtant « d'un projet qui
renvoie à des enjeux politiques majeurs, tels que la promotion de
l'emploi dans l'Union, la politique industrielle et plus généralement
la conception de l'intérêt communautaire à l'heure de la
mondialisation ».
La concurrence libre et non faussée reste bien la norme
à la Commission européenne. Il faut cependant s'attendre à de fortes
turbulences. Comme disait l'eurodéputé, « si vous avec aimé la
mobilisation contre la directive Bolkestein, vous pourriez adorer la
levée de boucliers contre la règlement Mandelson ! ». |