l'Appel du 29 mai « Europe redonnons la parole au peuple »
Quatre
ans après le référendum sur le Traité Constitutionnel Européen, le
Front de Gauche s'engage pour « mettre fin au service minimum électoral
et que soit décrétée la mobilisation de tous les moyens de débat
public ».
Par Marie-George Buffet, Jean-Luc
Mélenchon, Christian Picquet, Marie-France Beaufils, Hélène Franco,
Jacques Généreux, Jacky Hénin, Patrick Le Hyaric, Marie-Christine
Vergiat
L'élection
européenne du 7 juin prochain est cruciale pour l'avenir des politiques
qui seront menées en France et en Europe. Face à une crise historique
du capitalisme mondialisé qui bouleverse toute la planète, ce qui se
joue, ce sont les moyens de combattre efficacement les licenciements et
tous les dégâts sociaux et écologiques qu'elle engendre. Ce qui est en
cause, comme dans une grande élection politique nationale, c'est le
devenir de la vie quotidienne de chacune et chacun d'entre nous.
Les conditions de préparation de cette élection ne sont
absolument pas à la hauteur de ces enjeux essentiels. Le risque d'élire
un Parlement européen avec un taux d'abstention record est sérieux. Or,
cette abstention n'est pas une fatalité, une calamité naturelle
européenne. Il y a des responsabilités et des responsables à cette
situation. En premier lieu, celles et ceux qui en organisant ou en
justifiant le déni de démocratie qui a consisté à effacer le « non »
des Français au référendum de 2005, ont sciemment contourné la
souveraineté du suffrage universel. Les mêmes qui aujourd'hui, après
avoir organisé le silence sur l'élection du 7 juin, confisquent et
étouffent le nécessaire débat démocratique : confrontations tronquées
lors des émissions du service public, refus de la plupart des élus
sortants de présenter leur bilan au peuple. Une logique que l'on
retrouve jusque dans un « clip gouvernemental » censé appeler aux urnes
et qui a pour objectif essentiel la publicité de Nicolas Sarkozy.
Nous refusons d'en rester là. Laisser se dérouler
l'élection du 7 juin dans un tel climat d'occultation des enjeux serait
un nouveau déni démocratique. Nous qui, avec le Front de gauche, menons
campagne sur le terrain depuis trois mois, arguments et documents à
l'appui, en travaillant à l'appropriation populaire et citoyenne des
questions européennes, nous constatons tous les jours que les
électrices et les électeurs de ce pays peuvent se mobiliser et se
passionner quand les conditions d'un réel débat sont créées.
Il y a quatre ans, jour pour jour, le 29 mai 2005, le
référendum sur le traité constitutionnel en avait déjà fait la
démonstration. Les Français s'étaient alors prononcés en connaissance
de cause et avaient dit non à l'Europe libérale. Est-ce cela qui fait
craindre à certains leur mobilisation électorale ?
Pour notre part, nous ne craignons ni le débat ni la
confrontation. Ils sont mêmes plus souhaitables que jamais pour trouver
des solutions à la crise. Nous disons aux électrices et aux électeurs :
ce n'est pas le moment de renoncer à s'exprimer. Mais nous disons aussi
à celles et ceux qui fuient le débat : cela suffit !
Et puisque tout le monde semble aujourd'hui s'alarmer
de la faible mobilisation électorale, nous lançons en ce jour
anniversaire du 29 mai 2005 un appel pour que dans les jours qui
restent d'ici le 7 juin, il soit mis fin au service minimum électoral
et que soit décrétée la mobilisation maximum de tous les moyens de
débat public.
Nous proposons que toutes les antennes radio
télévisées, toutes les colonnes de la presse écrite s'ouvrent enfin à
de réels débats pluralistes et contradictoires, que tous les
internautes se mobilisent pour démultiplier le nécessaire forum
citoyen, que tous les acteurs sociaux, syndicaux, associatifs
s'emparent de ce débat dans les formes qu'ils jugeront utiles, que les
élus encouragent l'expression populaire dans leurs territoires, que les
militants se déploient avec toute leur créativité pour amplifier la
campagne engagée.
Nous sommes pour notre part totalement disponibles pour
favoriser cette confrontation. Une confrontation enfin loyale et
transparente, qui rende à l'enjeu européen la dimension démocratique
qui lui fait tant défaut.