Posté le jeudi 23 juillet 2009 par Laurent Nicoli
Une rébellion inédite contre les techniques LBO
Article paru brièvevement (…) sur le portail Orange. Un nouveau
cataclysme financier se profile à l'horizon. La crainte d'un nouveau
tsunami financier prend de l'ampleur. Il ne trouvera pas ses origines
dans des prêts immobiliers attribués à des particuliers insolvables,
comme ce fut le cas avec les “subprime†américains, mais dans les prêts
accordés aux fonds d'investissements pour racheter des entreprises. En
Europe, 150 milliards d'euros de crédit pourraient se traduire par des
pertes sèches pour les banques. Il s'agit de la fameuse dette LBO
(leveraged buy out) du nom de la technique qui permet d'acquérir une
entreprise avec effet de levier : peu de capital initial mais beaucoup
d'endettement. Depuis le début des années 2000 et jusqu'à l'année
dernière, les fonds spécialisés dans les LBO ont levé des capitaux en
masse et obtenu des banques tous les prêts qu'ils désiraient à des taux
avantageux assortis de clauses de moins en moins restrictives. A la
belle époque, les banquiers se précipitaient pour être retenus parmi
les prêteurs. Il aurait été du dernier ringard de ne pas être admis
dans le cercle des élus. Les fonds d'investissement spécialisés dans
les LBO ont fort bien vécu. En revendant les entreprises 4 ou 5 ans
après leur acquisition, ils réalisaient de confortables plus-values qui
permettaient de rembourser l'endettement et de rémunérer les
investisseurs entre 15 et 20% par an, parfois davantage. Sur le plan
financier tout le monde y trouvait son compte. Les perspectives de
gains étaient si attrayantes que les fonds d'investissement ont élargi
leur champ d'intervention des sociétés non cotées aux entreprises
cotées en Bourse. Pour nombre d'experts, les fonds LBO ont permis au
capital-investissement d'accéder au rang des acteurs incontournables du
financement des entreprises des plus petites aux plus grandes. La crise
financière et la récession économique qu'elle a provoqué donnent
aujourd'hui de sueurs froides aux princes des LBO et surtout aux
banquiers, leurs pourvoyeurs de fonds. Car les prévisions sont de plus
en plus pessimistes. L'agence de notation Fitch estime que les taux de
défaut pourraient passer de 10% à 15% d'ici 12 à 18 mois. Mais le plus
dur reste à venir. Selon Fitch, 50% des 250 milliards d'euros de dette
notée par ses soins sont en risque de défaillance. En France à la fin
de l'année dernière, les banques avaient inscrits à leur bilan environ
60 milliards d'euros de dette dont 28 milliards recèlent des pertes
potentielles d'après les experts. BNP Paribas a prêté 8,4 milliards
d'euros et la Société Générale 5,4 milliards. Comme d'habitude les
banquiers se veulent rassurants. Baudouin Prot le directeur général de
BNP Paribas affirmait récemment que le portefeuille LBO de sa banque
était de bonne qualité. L'heure est donc à la sérénité. Une voix s'est
pourtant élevée la semaine dernière pour mettre en garde les banquiers
contre “le syndrome du retour à la normaleâ€. En s'exprimant ainsi,
Christian Noyer le gouverneur de la Banque de France est sorti de sa
prudence de chat devenue légendaire. Il a insisté sur les risques de
“second tour†de la crise en particulier sur les dérivés de crédit et
les financements à effet de levier. La dette LBO fait partie de cette
dernière catégorie. Jusqu'à présent les banques ont tout fait pour ne
pas afficher de pertes sur les financements LBO. Lorsque les
entreprises éprouvent des difficultés à rembourser la dette, les
banquiers proposent des rééchelonnements. Si la situation devient plus
grave les banquiers acceptent de transformer de la dette en capital et
d'injecter des capitaux. Le fabricant de toitures Monier, qui était
propriété du fonds PAI vient d'être sauvé par un pool bancaire et un
consortium de fonds. Il croulait sous 1,8 milliard d'euro de dette et
était dans l'incapacité de rembourser. Materis, fabricant de matériaux
pour la construction, filiale de la société d'investissement Wendel va
bénéficier d'un rééchelonnement de sa dette qui avait atteint la somme
astronomique de 2 milliards d'euros… Pour le moment les banques passent
à travers les gouttes, mais pour combien de temps ? Elles ne pourront
multiplier à l'infini les restructurations de dettes ni la
transformation de dette en capital. Un jour ou l'autre elles devront
bien passer par pertes et profits certaines de leurs créances. Les
fonds spécialisés dans le rachat d'entreprises en difficulté ayant fait
l'objet d'un LBO, qualifiés aussi de fonds de retournement sont Ã
l'affut. Ils espèrent réaliser de bonnes affaires car ils rachètent les
entreprises en demandant aux banques d'abandonner 50% de la dette et de
convertir le reste en capital. Mais cette technique entraine fatalement
des pertes pour les créanciers. Les banques françaises ont évoqué en
France, l'idée d'une “bad bank†ou banque poubelle qui aurait repris
les dettes à effet de levier mais le projet n' a pas abouti. Une chose
est sûre la sphère financière redoute que la dette LBO ne mette sur le
flan des banques que l'on croyait revigorées ou carrément sorties
d'affaire. S'il y a vraiment péril en la demeure, pourquoi les
gouvernants, les régulateurs et les dirigeants de banques ne
prennent-ils pas les devants pour trouver les moyens d'amortir le choc
? Il ne suffit pas de faire la politique de l'autruche ou de miser sur
une reprise de la croissance économique plus rapide que prévu pour
éviter les risques.
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