Article XI - JBB | Lundi 05 Octobre 2009 à 07:01 |
A
travers un documentaire sur Walter Bassan, ancien résistant et ancien
déporté, le réalisateur Gilles Perret interroge les valeurs du Conseil
National de la Résistance que tente de mettre à bas le président
Nicolas Sarkozy et sa majorité. Dans un entretien à Article XI, il
évoque également le formatage médiatique et la façon dont les télés se
prêtent si bien à la communication présidentielle.
Mars
2008, plateau des Glières. Pompe présidentielle et fastes républicains,
Nicolas Sarkozy se rend en l'un des hauts lieux de la résistance.
Devant le monument aux maquisards, à deux pas des tombes de 105 d'entre
eux tombés au combat, le chef de l'État se recueille quelques dizaines
de secondes. Puis se dirige vers les anciens résistants présents pour
les saluer.
Surexcité,
confit d'autosatisfaction, Nicolas Sarkozy se laisse aller. Regarde à
peine les deux républicains espagnols venus risquer leur peau plus de
soixante ans plus tôt pour cette France qu'il est censé incarner, tout
juste capable de leur dire : « Très heureux. C'est formidable ! Et en plus, moi je défends les Espagnols. »
Rictus amusé, il enchaîne : « Mais les Italiens sont pas mal non plus… Maintenant que je suis marié à une Italienne, hein… ». Sourire crispé, il observe un jeune
militaire : « Il est beau, ce chasseur alpin ! Vous savez que j'ai été jeune, moi aussi ? » Les anciens résistants ne disent mot, un gradé de l'armée français
tente de ramener le chef d'État à un peu de dignité. « Nous
nous sommes refusés à laisser des résistants qui étaient tombés dans
une embuscade enterrés dans une fosse commune. Nous les avons ramenés
ici dignement », explique t-il, très vite
interrompu par un président qui ne feint même pas de se sentir
concerné. Qui tend le doigt pour montrer une cascade sur les hauteurs.
Qui rigole sur l'habit rose d'une membre de l'assistance. Et qui tourne
les talons en assénant : « Ben oui, faut bien s'amuser un peu… ».
À l'écrit, l'indécence présidentielle paraît amoindrie, mots et phrases
insuffisants à dire toute l'obscénité de la conduite de Nicolas Sarkozy
en ce lieu symbolique. À l'écran, il en est tout autrement : elle saute
aux yeux, saisit le spectateur et l'indigne. Et il faut rendre grâce à
Gilles Perret, réalisateur du film Walter, retour en résistance, que d'être le seul
caméraman - alors qu'ils étaient des douzaines sur place - à l'avoir immortalisée.
Rappeler les principes du Conseil National de la Résistance
Un
risque, toutefois : que cette séquence emblématique efface le propos du
documentaire, le fasse passer au second plan. C'est que Walter, retour en
résistance [1],
projeté depuis un moment en Haute-Savoie et qui sortira dans toute la
France le 4 novembre, ne se limite pas - et de loin - au spectacle
ridicule et honteux d'un homme d'État incapable de tenir son rang. Le
sujet n'est pas Nicolas, mais Walter Bassan, ami et voisin du
réalisateur, ancien résistant, arrêté à 17 ans en mars 1944 et déporté
à Dachau.
La
caméra entre doucement dans sa vie, l'accompagne dans ses nombreuses
activités, lors d'une intervention auprès d'écoliers, d'une visite
pédagogique à Dachau avec des jeunes savoyards ou de l'inauguration
d'un musée de la Résistance. Le suit sur le plateau des Glières à
l'occasion de la visite de Sarkozy puis, une semaine plus tard, lors
d'un pique-nique citoyen organisé au même endroit pour protester contre
la tentative de récupération présidentielle. Y revient avec lui un an
plus tard, rassemblement reconduit en présence de Stéphane Hessel pour
rappeler « les principes du Conseil national de la résistance
(CNR) qui à défini des règles de vie commune basées sur la solidarité,
l'entraide et la réussite de tous ».
De ce portrait intime, celui d'un homme assez résolu pour n'avoir rien
renié des convictions l'ayant poussé à prendre tous les risques plus de
60 ans auparavant, de ce film serein, se dégage paradoxalement une
grande force. La conviction - aussi - que les idéaux du Conseil
national de la résistance ne sont pas morts, ne pourront trépasser
malgré les coups de boutoir et les innombrables tentatives de
récupération de la majorité. L'invitation - enfin - à ne pas baisser
les bras. « Le moteur de la résistance, c'est l'indignation. Je vous conseille à tous
d'avoir votre motif d'indignation, », déclare Stéphane Hessel dans le film. « L'esprit de la résistance est toujours vivant », lui fait écho Walter Bassan.
Voilà.
Lire l'interview de Gilles Perret, réalisateur du film Walter, retour en résistance