Débat sur la déclaration du Gouvernement suite au G 20 de Pittsburgh Assemblée nationale : Intervention de Jean-Claude SANDRIER

Mis en ligne : 8 octobre
Les
résultats des 3 G20 tenus depuis 1 an sont inversement proportionnels
aux communiqués triomphants du Président de la République. Celui de
Pittsburgh n'échappe pas à la règle. Je ne citerai que 2 économistes
parmi beaucoup d'autres pour confirmer cette appréciation, l'un deux
dit : « les dirigeants du G 20 ont été intraitables et intarissables
sur l'accessoire, inconsistants et muets sur l'essentiel, l'autre dit :
« le G 20 a été l'énoncé de quelques principes mais rien de concret ».
Le site de Jean-Claude SANDRIER
Alors
pourquoi autant de gesticulations pour un si piètre résultat ?
Tout simplement parce que la crise a mis à nu le mode de fonctionnement
d'un système qui soumet tous les peuples à la servitude de la
rentabilité financière et montre que depuis 1 an rien n'a changé pour
les marchés financiers. Le problème est que désormais nos concitoyens
le savent, le voient et sont à juste titre de plus en plus exaspérés
d'avoir à payer à la place des responsables de la crise lesquels
continuent à s'en mettre plein les poches.
Les licenciements, le chômage, la destruction des services publics, le
stress au travail qui coûte 60 milliards d'euros au Pays d'après une
récente étude, les hausses permanentes des taxes constituent l'addition
présentée par un monde financier qui s'est gavé d'argent jusqu'à
l'overdose et déshumanise le travail. Ce monde est un monde sauvage qui
faisait dire déjà à Jaurès : « l'Humanité n'existe pas encore, ou elle
existe à peine ».
Le Président de la République n'a pas de mots assez
durs pour vilipender ce « mauvais » capitalisme prêchant pour le
« bon » capitalisme. Nous pourrions être touchés par cette découverte
subite s'il n'avait été le champion du tout déréglementé, du tout
dérégulé, du tout marché, du tout liberté de circulation des capitaux,
du tout concurrence « libre et non faussée » bref de tout ce qui a
conduit là où nous en sommes.
Aujourd'hui, pris au piège de leur échec politique,
économique et social, les gouvernements tentent, à l'instar du
Président de la République d'être en paroles à la gauche de l'extrême
gauche car pour ne pas faire exploser le système il faut donner
l'impression que l'on fait quelque chose.
En réalité, ils appliquent à la lettre les
recommandations des plus grands serviteurs du royaume du fric tel
l'ultra milliardaire Soros déclarant « oui il faut réguler un peu mais
pas trop » et chez nous la patronne des champions du CAC 40 déclarant :
« il ne faut surtout pas légiférer sur les rémunérations des patrons »
(Ceux du CAC 40 bien sûr). Voilà il faut faire semblant d'agir pour
faire passer la pilule.
La pilule, c'est payer pour que les grandes banques
privées, reconstituent leurs marges, leurs profits et leurs bonus.
C'est payer pour resservir des dividendes sans limite, véritables
insultes au monde du travail. D'ailleurs c'est bien parti, BNP Paribas
vient d'annoncer plus de 3 milliards d'euros de bénéfices pour un seul
semestre avec des actions payées jusqu'à 15 % d'intérêts, réservant 1
milliard d'euros pour les bonus de ses traders. Rassurez-vous ils
n'auront plus que 500 Millions d'euros. Ce qui est un grand malheur !
La société générale a fait de même sans donner de
chiffres. Ce n'est pas plus rassurant ! Le CAC 40 bat à nouveau tous
les records de hausse ! « Les Echos » de ce matin titraient :
« Insolente santé de la Bourse » !
Alors vous demandez à une majorité de Français de
payer, payer pour les milliards d'euros accordés aux banques, payer
pour les cadeaux fiscaux (+ 46 % en deux ans. La moitié des 73
milliards d'euros de ces cadeaux va directement aux plus riches), payer
pour un plan de relance imposé par les responsables de la crise, payer
par la casse de centaines de milliers d'emplois. Autrement dit nous
allons devoir payer par de l'argent public pour les responsables d'une
gestion privée catastrophique.
Car faut-il le redire, ce ne sont pas les services
publics qui sont la cause de la crise, ce n'est pas l'argent que
consacre la France à l'Education nationale, à la Formation, à la
Recherche, au Logement, à la Santé qui sont les causes de la situation
dans laquelle nous nous retrouvons, NON ! C'est comme le disait Marx il
y a 161 ans déjà « L'argent noyant tout et partout dans les eaux
glacées du calcul égoïste ».
On ne peut pas non plus d'un côté dire que ce qui reste
encore de notre système social hérité de la libération a servi
d'amortisseur à la crise, ce qui est vrai, et de l'autre côté se
préparer à faire sauter définitivement cet amortisseur en s'en prenant
à la Sécurité Sociale, aux retraites, aux services publics comme la
Poste ou ERDF.
L'addition que vous présentez aux Français -et ce n'est
qu'un début- c'est la hausse du forfait hospitalier, de la redevance
télévision mais aussi des prix de la SNCF et d'ERDF pour qu'ils versent
entre autre des dividendes à l'Etat.
Vous créez une Taxe Carbone, usine à gaz, totalement
injuste et inefficace, refusant de vous attaquer à la racine du mal en
matière d'environnement.
Comble de l'abject vous voulez même imposer les
indemnités des accidentés du travail pour récupérer quelques millions
d'euros pour aider à combler les pertes abyssales d'un système
financier que vous avez initié et porté à bout de bras.
Car, comme le rappelle Patrick Artus, dénonçant un
capitalisme à la recherche d'un rendement à tous prix, accordant plus
aux actionnaires au détriment des revenus du travail : « Au-delà d'un
simple procès de la finance, il y a lieu d'avoir à l'esprit que c'est
un projet co-organisé à un niveau bien supérieur par les gouvernements
et les banques centrales. Il faut en cela faire le procès de ce modèle
économique ».
Devant cette crise grave, profonde du Capitalisme le
temps est venu d'un autre temps. Vos tentatives pour soi-disant
« moraliser » le capitalisme échoueront pour une raison simple :
Le Capitalisme est immoral par nature car l'homme est un moyen pour lui et non une fin.
Pour lui l'homme est une marchandise, que l'on vend,
que l'on achète. Dans ce système le travail de l'homme est d'abord un
coût avant d'être une valeur.
Un cycle est aujourd'hui révolu.
Une autre organisation du monde devient nécessaire et possible.
Il n'existe qu'un chemin pour en sortir c'est s'attaquer à la racine du mal.
Interdire
les paradis fiscaux partout dans le monde car aujourd'hui il est
complètement faux de dire que le secret bancaire est levé et encore
moins que le comportement spéculatif des banques est arrêté.
Créer la Taxe (taxe Tobin) sur les transactions financières.
Instituer un impôt mondial sur la fortune.
Monsieur
le Premier ministre, si vous voulez tenir vos promesses sur les paradis
fiscaux, demandez la suppression de l'article 56 du Traité de Lisbonne
qui laisse la liberté totale de circulation aux Capitaux.
Etablir une monnaie commune mondiale
Créer
en urgence pour notre pays un pôle public bancaire permettant
d'accorder des crédits à taux réduit notamment aux PME pour
l'investissement dans l'emploi, la formation et la recherche en matière
environnementale.
Relancer
le pouvoir d'achat par les salaires est une autre façon non seulement
de développer consommation et emplois mais aussi de détourner l'argent
de la spéculation et de rééquilibrer rémunération du travail et
rémunération du Capital.
Je rappelle qu'en 1970 les entreprises distribuaient
25 % de leurs bénéfices en dividendes. Aujourd'hui (2008) elles en
distribuent 65 % :
Supprimer le bouclier fiscal
Avancer vers l'harmonisation fiscale et sociale déjà en Europe
Par ailleurs l'investissement public doit être relancé par de grands programmes Français et Européens pour :
la Santé,
l'Environnement (nouveaux moteurs, nouveaux bâtiments, autoroutes ferroviaires pour le fret),
la recherche et la Formation,
Un programme d'investissement pour l'industrie.
Il faut interdire les licenciements boursiers,
Payer
à 100 % le chômage partiel et interdire bonus et stock options, en
premier lieu pour les banques et entreprises qui bénéficient d'argent
public.
Pour cela il n'y a naturellement aucune raison de faire
confiance à ceux qui font semblant de brûler aujourd'hui ce qu'ils
adoraient hier.
C'est de la gauche dont peut sortir un autre avenir,
reste à ce que celle-ci avant de penser à n'avoir qu'un seul candidat
en 2012 devrait plutôt réfléchir sur quoi s'unir car avant de savoir
avec qui on veut aller sur le chemin il est mieux de commencer par
choisir le chemin.
Ce chemin c'est celui d'une nouvelle organisation de la
société dépassant le système capitaliste, ses inégalités de plus en
plus insupportables et plaçant les valeurs humaines les plus
élémentaires au dessus des valeurs du CAC 40.
Pour cela avec nos concitoyens nous sommes disponibles ! |