Situé
en plein centre-ville, l'Hôtel-Dieu, qui réalise 2 000 IVG par an, doit
être transformé d'ici à 2014… en hôtel de luxe et boutiques haut de
gamme.
La fondation de l'Hôtel-Dieu
de Lyon remonte au VIe siècle et François Rabelais lui-même y exerça en
qualité de médecin. Le bâtiment actuel, construit par Jacques-Germain
Soufflot au XVIIe siècle, borde le Rhône sur plus de quatre cents
mètres. Un site beaucoup trop exceptionnel sans doute pour continuer à
n'être qu'un simple hôpital public, au coeur même de la ville et d'une
accessibilité parfaite. L'Hôtel-Dieu, que les Hospices civils de Lyon
(HCL) devront avoir quitté en 2010, deviendra hôtel de luxe, boutiques
et bureaux haut de gamme en 2014, vient de confirmer Gérard Collomb,
sénateur maire PS de la ville. Il suffit juste de trouver un opérateur
privé et unique pour « éviter la vente à la découpe ».
Décision définitive fin octobre
L'étau se resserre, donc, sur l'avenir de l'équipe du plus important
centre d'orthogénie de l'agglomération (plus de deux mille
interruptions volontaires de grossesse réalisées chaque année). Un
collectif de défense de l'IVG à Lyon, qui regroupe associations
féministes, syndicats, groupes politiques et professionnels de
l'Hôtel-Dieu, s'est créé en mai, cette année, pour exercer un droit
d'alerte et faire entendre ses revendications. Et il s'inquiète, car la
décision définitive doit être prise au conseil d'administration des HCL
à la fin du mois. Le collectif a donc demandé à rencontrer la direction
des Hospices pour renouveler ses exigences.
« Le projet initial est l'éclatement des IVG sur trois centres,
explique Najia Dridi, coordinatrice du Mouvement français pour le
Planning familial du Rhône : hôpital de la Croix-Rousse, Hôpital Lyon
Sud (à Pierre-Bénite) et hôpital Mère-Enfant (à Bron). Ce que nous
refusons catégoriquement. Nous avons à l'Hôtel-Dieu une équipe soudée,
qui travaille ensemble depuis des années, pourquoi l'éclater ? Elle a
l'expérience, une longue pratique commune, une réflexion sur sa
pratique, une prise en charge globale qu'elle souhaite poursuivre. Nous
voulons que toute l'activité du centre et l'équipe dans son -
inté-gralité soient transférées à l'hôpital Édouard-Herriot, où il y a
des locaux libres. L'hôpital de la Croix-Rousse est déjà saturé. »
Lors de la rénovation de ce dernier, il y avait eu un projet sérieux
sur l'orthogénie. À l'achèvement des travaux, l'équipe médicale s'est
aperçue que ses locaux étaient encore plus exigus qu'avant. Quant aux
deux autres hôpitaux très excentrés, l'un au sud, l'autre à l'est, ils
sont d'autant plus mal desservis par les transports en commun que le
choix d'un lieu ne se ferait pas selon le domicile de la patiente mais
sur le type d'intervention nécessaire.
« La restructuration des hôpitaux publics conjuguée à la répartition
entre le public et le privé fait qu'on ne sait plus où on en est,
ajoute Najia Dridi. C'est comme en maternité avec les grossesses qui
posent problème, qui sont dirigées vers l'hôpital public et celles qui
n'en posent pas, qui sont laissées au privé. Déjà actuellement, ont été
transférées à Lyon Sud les IVG sous anesthésie générale et celles entre
douze et quatorze semaines. Mais une seule infirmière doit gérer les
rendez-vous, le planning des blocs opératoires, accueillir les femmes,
répondre au téléphone. Nous avons dû, ces derniers temps, réorienter
des patientes vers d'autres départements… » C'est donc du maintien de
l'intégralité de l'offre de soin, voire de son augmentation, dont il
sera aussi question avec la direction des Hospices.
Émilie Rive
site de l'Huma