A Venissieux, la bataille du maire contre "une société aveugle"
Par Ulrich Savary le mercredi 22 août 2007, 10:35:00 - L'UMP et le gouvernement.
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André
Gérin, le député-maire PCF de Vénissieux, a perdu face au préfet du
Rhône. Cet ancien ouvrier spécialisé (OS) de Berliet, élu de la ville
communiste de la banlieue lyonnaise, avait pris en juin dernier un
arrêté interdisant les coupures d’eau, d’électricité et de gaz pour les
familles en difficulté économique et sociale sur le territoire de sa
commune, sur la base des pouvoirs de police du maire, afin de garantir
le "bon ordre, la sûreté, la moralité et la salubrité publique".
S'en
est suivi une guerre de position avec le préfet du département, qui a
finalement réussi à faire annuler l'arrêté. Le préfet du Rhône avait
demandé l’invalidation de cet arrêté, avançant que le maire de
Vénissieux était "sorti du cadre de sa compétence en matière d'exercice
de ses pouvoirs de police et, plus généralement, de ses compétences".
L’argument du préfet reposait sur l’existence d’aides aux familles
en difficulté au niveau départemental. Le 20 juillet, le tribunal
administratif de Lyon a rejeté la requête du préfet du Rhône estimant
que "le moyen soulevé par le préfet du Rhône tiré de l'incompétence du
maire ne paraît pas, en l'état de l'instruction, propre à créer un
doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué".
Le préfet du Rhône a alors fait appel de cette décision: la cour
administrative d’appel de Lyon vient de lui donner raison. En effet, la
cour estime que "le maintien de la fourniture d’eau, de gaz et
d’électricité n’est pas justifiée par les troubles à l’ordre public",
et que le maire de Vénissieux a eu tort d’invoquer ce motif pour
interdire ces coupures.
Pendant l’audience, l’avocat de la préfecture du Rhône n’a pas
hésité à comparer les actions des maires à des méthodes de "guérilla
médiatique". Guérilla qui a été rapprochée de la "surenchère"
médiatique du réseau Réseau éducation sans frontières, qui s’oppose Ã
l’expulsion d’enfants scolarisés et de leurs parents (RESF), suscitant
l’incrédulité de la salle. Pour sa part, le maire de Vénissieux a
insisté sur "les carences majeures de la société" indiquant qu’il
s’agissait de "non-assistance à personnes en danger".
Le comité de soutien d’André Gérin était pourtant confiant,
encouragé par le précédent de Champigny-sur-Marne. En effet, le 16 mai,
le tribunal administratif de Melun avait, pour la première fois, rejeté
les procédures entamées par EDF et Gaz de France contre l’arrêté du 7
avril 2005 pris par le maire de Champigny-sur-Marne, Dominique Adenot.
L’argument, consistant une nouvelle fois à nier toute autorité
compétente au maire en matière de législation dans le domaine, avait
été jugé irrecevable. Le tribunal avait notamment fait reposer sa
décision sur l’article L.2212-1 du Code général des collectivités
locales concernant l’ordre public et la sécurité.
Le cas de Melun avait, semble-t-il, inspiré André Gérin qui a
promis, en apprenant l’annulation de son arrêté par la cour
administrative d’appel de Lyon, de prendre dans les prochains jours un
arrêté contre les saisies immobilières, un arrêté contre les expulsions
sur le territoire de Vénissieux… et un nouvel arrêté interdisant les
coupures d’électricité de gaz et d’eau.
"En tant que maire, je n’accepterai pas d’être muselé. Je veux crier
haut et fort ma volonté de combattre la grande pauvreté d’une société
aveugle, insensible et égoïste."
En ne désarmant pas, le député-maire de Vénissieux veut faire de ses arrêtés un combat politique. La "guerilla" continue...
Source : Rue 89.
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