Santé
. Dans une région qui affiche une surmortalité supérieure de 12 % à la
moyenne nationale, cette décision suscite une forte émotion.
Le groupe hospitalier du Havre vient de présenter
mardi, en conseil d’administration, un plan de retour à l’équilibre qui
prévoit la suppression de 550 postes sur cinq ans. Cette mesure est
censée permettre une économie de 22 millions d’euros alors que le
groupe affiche un déficit cumulé de 36 millions. Les 14 millions
manquants pour parvenir à l’équilibre proviendraient, selon la
direction, d’« une amélioration de la filière patients ».
Problème : comment répondre à une charge de travail identique avec
une telle réduction d’effectif, surtout dans l’une des régions de
France les plus sinistrées en termes de santé publique, avec un taux de
cancers, de pathologies lourdes et de tentatives de suicide supérieur à
la moyenne ?
UNE DIRECTION « OPTIMISTE »
Par la « rationalisation du fonctionnement de l’établissement »,
répond la direction, affirmant que « ce plan ne nuira pas à la qualité
des soins » et doit permettre à l’hôpital de développer plus
d’activités tout en diminuant ses charges. L’ensemble des salariés ne
partagent pas l’optimisme de la direction : « On savait qu’il n’y
aurait pas d’embauches, mais on n’est pas du tout au courant de ces
suppressions… Ça va faire beaucoup de bruit ! », confiait hier un
infirmier au quotidien régional Paris Normandie.
De son côté, une sage-femme explique qu’elle fait déjà des gardes
supplémentaires pour remplacer des collègues infirmières. « Les congés
normaux, les congés maternités ne sont plus remplacés, on tire déjà sur
la corde de l’ensemble du personnel… Alors 550 postes en moins, il va
falloir qu’ils nous expliquent comment on va faire ! »
La CGT a très vite réagi : « Nous ne pouvons que refuser cette
logique qui fait des salariés le fusible de l’équilibre budgétaire. Une
nouvelle fois le Groupe hospitalier du Havre et surtout ses personnels
font les frais de cette politique qui favorise le développement du
secteur lucratif », dénonce l’organisation syndicale.
En cause notamment : la tarification à l’activité (TAA) issue du
plan « Hôpital 2007 » de l’ex-ministre de la Santé Philippe
Douste-Blazy. Pratiqué depuis 2005, il prévoit qu’une partie du budget
des hôpitaux soit directement liée aux actes médicaux. Ainsi tous les
trois mois les établissements se voient dotés en ressources financières
proportionnellement à leurs activités. L’inégalité dans la codification
des actes, et donc dans leur facturation, pousse les hôpitaux à
pratiquer avant tout ceux qui sont le mieux rémunérés et engendrent le
moins de dépenses.
Pour l’hôpital du Havre, c’est aujourd’hui 50 % du budget qui est
lié à ces critères de rentabilité. Part que Nicolas Sarkozy entend
étendre à 100 % dans tous les hôpitaux dès janvier 2008.
UNE NOUVELLE DÉGRADATION
Pour le syndicat SUD, c’est une étape nouvelle dans la dégradation
de la situation de l’établissement, dont 80 % des agents sont des
femmes. « Avant, l’hôpital du Havre était victime d’une mauvaise
répartition des crédits, mais aujourd’hui les mesures annoncées sont
révélatrices de la sous-dotation générale des hôpitaux en France »,
assure Régine Minguy, élue SUD au conseil d’administration. « C’est un
plan social, même si la direction nous dit que cela n’existe pas dans
la fonction publique », affirme-t-elle.
D’ores et déjà cette annonce suscite émotion et indignation bien au-delà du monde hospitalier.
Frédéric Durand
l'Huma du 27 / 09 / 07
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