Par David Seyer le vendredi 28 septembre 2007, 16:39 - Lien permanent
Pour
sa première note, l'Observatoire unitaire des politiques sociales a
réalisé des simulations visant à évaluer les impacts économiques et
sociaux de la loi sur les heures supplémentaires. Les bénéfices de
cette mesure seront massivement concentrés, à plus de 90 %, sur les
salariés qui effectuent déjà des heures supplémentaires ; pour la
plupart des salariés concernés, il apparaît que les gains de pouvoir
d’achat seront bien plus faibles que ceux annoncés par le gouvernement.
Loin de donner plus de « liberté » aux salariés, cette loi
accentuera les inégalités déjà existantes, notamment entre hommes et
femmes, et en créera de nouvelles. Ces inégalités de traitement ne
peuvent qu’attiser les conflits entre salariés, de même qu’entre
salariés et employeurs, ces derniers étant les seuls à pouvoir décider
du recours aux heures supplémentaires et à les répartir entre leurs
salariés. Les simulations montrent par ailleurs que cette mesure
réduira légèrement le coût du travail pour les entreprises de 20
salariés et plus mais l'augmentera plutôt pour les très petites
entreprises. Au total, même dans les scénarios les plus optimistes,
l’impact sur la durée du travail, l’emploi et la croissance restera
tout à fait marginal.
Conclusion : une mesure en trompe-l’œil
De la mesure-phare du « paquet fiscal » du nouveau gouvernement, il
n’y a apparemment pas grand-chose à attendre. Pour les salariés, les
gains de pouvoir d’achat seront globalement minces et répartis de
manière aléatoire, en fonction des intérêts des entreprises et sans
rapport aucun avec les choix individuels des salariés. Pour les
entreprises, les nouveaux allégements de cotisations n’auront qu’une
influence modeste sur le coût du travail moyen et représentent une
subvention distribuée à l’aveuglette, indépendamment de toute
considération économique et de tout critère en matière de gestion de
l’emploi. Au niveau macro-économique l’effet de relance attendu est du
second ordre en matière de croissance et sera encore plus réduit en ce
qui concerne l’emploi. Les 6 milliards d’euros viendront principalement
creuser le déficit budgétaire.
Mais la relance de la croissance n’est sans doute pas le véritable
objectif de cette mesure qui repose sur des partis pris idéologiques
(la revanche sur les 35 heures) plutôt que sur une analyse économique
solide. Elle aura en pratique pour résultat de vider encore un peu plus
le code du travail de tout contenu, de réduire le champ de la
négociation collective et d’individualiser la question salariale. La
mise en oeuvre de cette mesure est cependant susceptible d’un effet
boomerang car elle risque de provoquer un recul ultérieur du pouvoir
d’achat en raison du nouveau gel des salaires dont elle serait le
prétexte, et de la ponction fiscale qui servirait à la financer.
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