La Flandre tentée par l'Europe des régions ! Attention Danger !
Par PCF Dunkerque-Est le vendredi 28 septembre 2007, 15:07 - Lien permanent
Dans
la crise politique qui perdure, en Belgique, de nombreux nationalistes
flamands exaltent la perspective d’une Flandre débarrassée de l’échelon
belge et intégrée à une fédération européenne.
Cela
va faire 107 jours que les dirigeants des partis politiques belges
vainqueurs des élections du 10 juin tentent, en vain, de former un
gouvernement de coalition fédéral. Le roi des Belges, Albert II - à qui
la Constitution interdit de faire de la politique - a tenté de déminer
le terrain en nommant successivement des « informateurs », un formateur
qui aurait dû devenir premier ministre, Yves Leterme, chef du Parti
social-chrétien flamand, et depuis son échec, un « explorateur » du
même parti, Herman Van Rompuy, président du Parlement flamand.
Ils se sont tous heurtés à l’incompatibilité quasi-irréductible des
conceptions du rôle même des institutions fédérales, de part et d’autre
de la frontière linguistique qui sépare depuis 1963 le royaume de
Belgique en trois régions : la Flandre, la Wallonie et Bruxelles
capitale.
La Flandre, région la plus petite, mais la plus riche et la plus peuplée (60 % des Belges), veut une autonomie plus poussée, allant jusqu’à réclamer la scission de la justice, de la sécurité sociale, de la fiscalité.
Elle exige comme préalable à tout accord de gouvernement que soit cassé
le dernier arrondissement électoral bilingue du pays, celui de
Bruxelles-Hal-Vilvorde.
Des revendications rejetées en bloc par le camp francophone, qui accuse
les Flamands de vouloir vider la Belgique de toute substance et de
pousser à l’éclatement du pays.
Une éventualité qui pourrait bien devenir réalité si la crise
s’éternise. Car les partis flamands démocratiques, même s’ils ne le
souhaitaient pas au départ, risquent de céder à l’exaspération de
l’opinion, entretenue par les
ultranationalistes du Vlaams Belang et du NVA, qui n’ont jamais caché
leur souhait de voir la Flandre voler de ses propres ailes au sein
d’une Europe qui ne serait plus celle des nations mais celle des
régions.
Le grand rassemblement annuel des nationalistes flamands à la tour de
l’Yser, le 26 août, était à cet égard significatif. On y a entonné avec
enthousiasme l’hymne européen et exalté la perspective ardemment
désirée d’une « Flandre, région d’Europe »
qui, débarrassée de l’échelon belge, serait le meilleur élève d’une
fédération européenne des régions, rêve de nombre de régionalistes que
le caractère hybride des institutions européennes encourage.
Peut-on rendre la construction européenne telle qu’elle s’est faite responsable d’un éventuel éclatement de la Belgique ?
Jos Chabert, Belge flamand d’origine française (son ancêtre est le
célèbre colonel Chabert, de l’armée impériale), qui présida le Comité
des régions d’Europe - créé en 1994 par le traité de Maastricht pour
établir un lien direct entre régions - le nie : « Le problème belge
existait bien avant l’UE elle-même, dit-il. La politique de
développement régional de l’Union ne vise pas à faire éclater les
États. Sans eux, il n’y aurait plus d’Europe. Nous ne sommes pas un
champ de bataille permettant aux régions d’attaquer leur pays. » Il
reconnaît pourtant que l’Europe a bien contribué à « vider les États de
leur pouvoir en prenant certaines compétences, par exemple la monnaie,
et en en attribuant d’autres aux régions ».
Les régions ont largement bénéficié des subsides européens
qui leur permettent aujourd’hui de s’affirmer, et, pour certaines parmi
les plus riches, de réclamer plus d’autonomie. C’est le cas de la
Flandre, de la Catalogne, du Pays basque, de l’Écosse ou de la Padanie.
Partout s’y affirme la volonté de ne plus payer pour les régions
pauvres des États dont elles font encore partie. Ainsi entend-on en
Flandre les séparatistes avancer l’argument selon lequel « chaque
Flamand pourrait se payer une voiture par an s’il cessait de payer pour
la Wallonie ». Un populisme nationaliste qui peut faire des ravages.
L’Union européenne semble s’en inquiéter, car l’éclatement éventuel de
la Belgique pourrait être un déclencheur d’autres phénomènes de ce
genre. Or, même si l’UE vise à casser les solidarités étatiques pour
donner toujours plus de poids aux institutions communautaires, elle
reste pour l’instant une union d’États nation. Et certains de ces États
ne sont pas prêts à poser la tête sur le billot régionaliste pour se
laisser disloquer.
Entre les deux forces contradictoires - celle qui pousse
à faire une Europe des nations coopérant entre elles et celle qui veut
les casser pour faire une fédération des régions - le bras de fer
continue, ce qui explique en partie l’échec de la constitution
européenne.
Autre raison pour laquelle l’éclatement de la Belgique est
embarrassant : pour les citoyens des 27 États membres de l’UE,
Bruxelles, c’est la capitale de l’Europe, la ville où siègent la
plupart de ses institutions : la Commission et le Conseil, mais aussi
de nombreuses sessions du Parlement européen et, depuis 2005, tous les
sommets des chefs d’État. Une des raisons qui font dire à de nombreux
Belges que la seule chose qui puisse sauver la Belgique, c’est encore
Bruxelles
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