| samedi 29 septembre 2007, a 10:39 |
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BIRMANIE : La timidité européenne en Birmanie s’appelle Total
La timidité européenne en Birmanie s’appelle Total
Par Alberto D’Argenzio
Le 28 septembre 2007
Bruxelles.
L ’Europe, tout comme le reste du monde, a redécouvert
la répression en Birmanie, vieille de 45 ans. Le problème est que
l’Union Européenne, tout comme les Usa, continue à oublier que ses
entreprises aussi contournent l’embargo imposé à ce pays.
Hier, à l’unanimité quasiment, le parlement européen a
approuvé une résolution qui condamne l’action du gouvernement militaire
de Rangoon et soutient avec force celle des manifestants. Strasbourg,
lit-on dans le texte, « applaudit la courageuse action des moines
birmans et des dizaines de milliers d’autres manifestants pacifiques
contre le régime antidémocratique et répressif au pouvoir en Birmanie ».
Le texte, revu peu de temps avant le vote pour y
inclure aussi les derniers événements, reprend « l’horreur de tuer des
manifestants pacifiques, insiste pour que les forces de sécurité
rentrent dans leurs casernes et demande que soit reconnue la légitimité
des requêtes qui sont avancées, et qu’on relâche les manifestants
emprisonnés et les autres prisonniers politiques ».
La Commission européenne et les 27 (pays membres de
l’Ue, NdT) se rangent aussi aux côtés des moines et du peuple birman.
Les ambassadeurs des gouvernements européens ont donné mandat hier
matin à la présidence portugaise et aux groupes compétents pour étudier
comment renforcer le système des sanctions déjà en vigueur depuis des
années contre le régime militaire de Rangoon.
Les sanctions sont un point souligné aussi par le
Parlement, mais c’est le point faible de l’Europe. Depuis Bruxelles et
Strasbourg on souligne les trafics de la Chine et de l’Inde avec le
régime, qui ont rendu inefficace l’embargo décennal, mais on oublie les
hésitations et les hypocrisies made in Ue, et surtout made in France.
Selon la Fédération internationale des droits de
l’homme, le groupe français Total, en coopération avec les étasuniens
de Chevron Texaco, est le principal partenaire commercial de la junte
militaire. L’entreprise française contribue pour 7% au budget du régime
en échange de l’accord pour l’exploitation exclusive du gisement de gaz
de Yadana, et du gazoduc qui transporte le gaz jusqu’en Thaïlande.
C’est justement pour ce gazoduc que Total et Unocal, ensuite racheté
par Chevron, ont fini en procès pour travail forcé : les adjudications
étaient gérées par des entreprises de parents des généraux qui
obligeaient la population à travailler en recourant à la force. Pour
échapper aux accusations Total demanda en 2003 un rapport sur sa
filiale birmane à un bureau de conseil au curieux nom de Bk Conseil.
Le travail, payé 25.000 euros, réussit à affirmer de
façon claire et forte que les accusations d’esclavage étaient des
« fantaisies » *. Fantaisies qui cependant ont un prix, puisqu’en
novembre 2005, Total se hâte d’indemniser huit Birmans et de financer
une pseudo ONG, le tout en échange du retrait de la plainte. La chose
la plus curieuse est que derrière Bk Conseil se cache (pourquoi se
cache ? c’est de notoriété publique, NdT) Bernard Kouchner, l’actuel
ministre des Affaires Etrangères en France, pays qui préside
actuellement le Conseil de sécurité de l’ONU. Et ce n’est ainsi pas un
hasard si Paris garde ces jours ci une position pour le moins ambiguë.
Mercredi (le Président, NdT) Sarkozy avait lancé un appel aux
entreprises françaises, et à Total en particulier, pour qu’elles
évitent de nouveaux investissements en Birmanie.
Total refusait tout net : inutile d’en parler. Face à
ce refus, c’est le gouvernement qui baissait le ton. Hier le Secrétaire
d’état aux droits de l’homme Rama Yade a de fait adouci ce qu’avait dit
son Président : « Le fait que Total soit présent en Birmanie n’a jamais
empêché l’Ue de proposer et de rendre effectives ses sanctions ». De
fait, ces sanctions n’ont jamais fonctionné, si bien qu’à présent les
27 (pays membres de l’Ue, NdT) pensent « les renforcer et les rendre
plus efficaces ». Avant lui cependant était déjà intervenu Bernard
Kouchner, en assurant que les activités de Total ne sont pas
« contraires » aux mesures décrétées par l’Union européenne contre la
Birmanie. Et dire que le gaz ne représente pas que la principale
ressource pour le régime, mais aussi la base de son pouvoir. Un système
d’oppression rodé avec la complicité économique de Total, Chevron
Texaco, des Thaïlandais de Pttep, des Malaisiens de Petronas, des
Japonais Nippon Oil tandis que la Chine et l’Inde s’intéressent aux
réserves inexplorées sur lesquelles lorgnent aussi les Coréens de
Daewoo.
Le parcours du pipeline Yadana complété en 1998.
Edition de vendredi 28 septembre 2007 de il manifesto
0http://www.ilmanifesto.it/Qotidiano-archivio/28-Settembre-2007/ar19.html
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio.
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vendredi 28 septembre 2007
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