Mr COUCHNER ( 2 )
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TOTAL , Kouchner et les ESCLAVES .
21 MAI 2007
Par 1Pierre BOUKHALFA le lundi 21 mai 2007, 07:53 - 2Campagne Electorale - 3Lien permanent
l’article n’est pas tout jeune mais il est temps de rappeler au
public qui se cache derriére le masque ” humanitaire ” de Kouchner
Lors de son enquĂŞte en Birmanie Ă la demande de Total, Kouchner
n’avait pas vu d’esclaves. Aujourd’hui, le pétrolier indemnise donc des
ectoplasmes qui n’ont jamais existé. Retour sur cette affaire et
portrait d’un futur candidat aux élections présidentielles. Afin
d’éviter un procès, la sociĂ©tĂ© Total accepte de verser 10 000 euros Ă
chacun des sept Birmans qui l’accusent d’avoir été contraints de
travailler gratuitement pour elle sous la menace de l’armée birmane en
1995. Ces exactions ont eu lieu en 1992-1998 sur le chantier du gazoduc
Yadana, construit par Total et une compagnie américaine pour relier un
gisement maritime birman Ă la ThaĂŻlande. Total accepte aussi de
consacrer 5,2 millions d’euros à l’indemnisation d’autres personnes qui
pourraient justifier d’un emploi comme travailleur forcé et à des
« actions humanitaires collectives pour l’habitat, la santé et
l’éducation ».
En 2002, Total avait fait appel Ă Bernard Kouchner pour la
cautionner. Dans un rapport payé 25 000 euros, Kouchner avait affirmé
que la compagnie pétrolière, contrairement à ce que certains esprits
« mal informés » ont pu supputer, avait en réalité lutté contre le
travail forcé en Birmanie Cette volte-face du pétrolier ne surprendra
pas ceux qui ont lu ce que j’écrivais il y a presque deux ans. Au
contraire, ils trouveront que bien des informations sont toujours
occultées par la presse et que le rôle de Kouchner est singulièrement
édulcoré au moment même où les colonnes dégoulinent de ses dernières
déclarations : « Je suis prêt pour les présidentielles de 2007.
Pardon de me citer ci-dessous, mais il importe de rafraîchir les mémoires et de compléter le dossier.
Kouchner et les tyrans sanguinaires.
Bernard Kouchner, défend le droit des peuples, traque l’oppression,
partout et sans se tromper. Ami des pauvres, il vit chichement avec son
épouse, Christine Ockrent. Le tarif de celle-ci pour animer une
demi-journée de réunion est seulement de 18 000 €. Lui (Le Monde du 6
janvier), déclare se contenter de 12 500 € pour une conférence.
Militant de la guerre en Irak et du PS, Kouchner était, le 29
septembre 2003, à la soirée anticubaine organisée par l’officine
« Reporters sans frontières » au théâtre des Champs-Elysées.
Quelques mois plus tôt, empochant 25 000 € versés par Total, il
avait pondu un rapport affirmant que ce groupe pétrolier ne pouvait
aucunement ĂŞtre mis en cause pour son comportement en Birmanie.
Or, la terrible vérité est la suivante si l’on en croit la presse,
des témoins directs, d’autres compagnies pétrolières, divers groupes
multinationaux, la Fédération Internationale des Droits de l’Homme,
l’Organisation Internationale du travail, l’Union Européenne, l’ONU et
la Commission des Affaires Etrangères de l’Assemblée Nationale
française. Cette dernière a publié un rapport d’information (N° 1859 du
13 octobre 1999) sur « Le rôle des compagnies pétrolières dans la
politique internationale et son impact social et environnemental ».
La junte birmane, parvenue au pouvoir après un coup d’Etat qui a
renversé en 1988 le gouvernement démocratiquement élu, est couramment
décrite comme une narco-dictature, La Birmanie est un lieu de non-droit
propice Ă toutes les violences, tortures, arrestations arbitraires,
viols, fabrication et commercialisation de drogue, rackets, blanchiment
d’argent (Lire F. Christophe « Total entre marée noire et blanchiment »
éd. Golias).
En 1990, les généraux se risquent à organiser une consultation
électorale. Hélas ! pour eux, elle consacre la victoire de la Ligue
Nationale pour la Démocratie (LND), dirigée par Mme Aung San Suu Kyi.
Aux 82% des voix obtenues par l’opposition, la junte militaire répond
par un nouveau coup d’Etat, suivi d’une féroce répression avec
emprisonnement de milliers de démocrates et assassinats de chefs de
l’opposition.
L’opposition birmane demande à la communauté internationale de ne
pas aider les généraux putschistes à se maintenir au pouvoir. Comment ?
En coupant les pompes à finances. Il faut en effet savoir que l’armée
birmane absorbe 40 % du budget du pays. Elle compte 400 000 hommes et
ne cesse de se moderniser. Pourquoi une armée si importante, alors que
la Birmanie ne se connaît pas d’ennemi extérieur ? Pour mater l’ennemi
intérieur, son propre peuple.
Le projet gazier « Yadana », du nom du lieu où se trouve le
gisement, rapportera aux militaires plusieurs centaines de millions de
dollars par an. Mais ils n’ont pas les moyens financiers et techniques
permettant de le mener Ă bien. La junte cherche un partenaire capable
d’épauler la compagnie d’Etat : la Myanmar Oil & Gas Entreprise (la
MOGE). Total signe un contrat avec la junte en 1992. Mais
l’exploitation du gisement nécessite d’autres capitaux. C’est ainsi,
que les militaires vont contacter la compagnie américaine UNOCAL
(l’Union Oil of CALifornie corporation). C’est la même compagnie qu’on
retrouvera en Afghanistan pour y construire un gazoduc. Ce projet
nécessitait un pays pacifié et « tenu » par un pouvoir fort. De là ,
l’aide accordée à l’époque par les USA aux Talibans pour la conquête du
pouvoir. Bon, les compagnies pétrolières ont la puissance financière et
technique suffisante pour exploiter le gaz. Reste la question des
débouchés. Par bonheur, un pays voisin, la Thaïlande, recherche une
source d’énergie pour alimenter une centrale électrique dans la région
de Kanchanaburi. Un accord va être passé entre Total, UNOCAL, MOGE et
la compagnie thaĂŻlandaise PTT-EP (PeTroleum authority of ThaĂŻland
Exploration Production public). Le consortium a désormais pour tâche
prioritaire de construire un gazoduc qui traversera la Birmanie d’est
en ouest sur soixante kilomètres. Gros travaux. Et gros problème.
En effet, le tracé du gazoduc traverse une zone de guérillas. Sur
leur territoire, deux ethnies, les Mons et les Karens sont en rébellion
depuis des décennies contre le pouvoir de Rangoon. Le consortium
pétrolier exige une « sécurisation » de la zone. Des observateurs
affirment que les pétroliers auraient apporté un soutien logistique aux
militaires pour le transport des troupes par hélicoptères.
Il semblerait en tout cas qu’un des sous-traitants, la compagnie
Héli-Union qui accomplissait ces missions pour Total sur les plates
formes pétrolières, a rendu ce service aux militaires birmans. Elle a
effectué des vols de transport pour l’armée birmane et pas forcément
dans la zone du gazoduc. L’armée birmane n’étant pas solvable, Total
aurait réglé les notes d’Héli-Union.
Toujours est-il que le nombre de bataillons en territoire Mon et
Karen, à proximité immédiate du gazoduc, est passé de trois à quinze.
Le gouvernement en exil dénonce alors une flagrante immixtion
politico-militaire du consortium dans les affaires intérieures birmanes.
Mais il y plus grave encore. Tandis que le consortium et les
militaires oeuvrent de concert, l’Organisation Internationale du
Travail (L’O.I.T) enquête sur place. Les découvertes s’avèrent assez
graves pour que la Birmanie soit exclue de l’O.I.T. De quoi s’agit-il ?
De violations constantes aux droits de l’homme, du recours au « travail
forcé ». L’O.I.T. écrit que cet abus est « massif et systématique ».
D’autres organisations de défense des droits de l’homme soutiennent que
Total et UNOCAL ont bénéficié du travail forcé des villageois raflés
dans leurs villages par l’armée. Est-ce à dire que le consortium a
directement utilisé des esclaves ? Il semble tout au moins établi que
le portage des armes, la construction et l’entretien des baraquements
militaires ont été dévolus aux villageois. Or, à quoi servait cette
infrastructure ? Au consortium pétrolier. Mieux, John Imle, qui n’est
rien moins que le président UNOCAL, affirme que le partage des tâches,
pour être tacite, n’en était pas moins réel. Des témoins affirment que
des porteurs utilisés par l’armée étaient payés par Total.
Mieux, une mission parlementaire française est envoyée sur place
pour enquêter. Extraits de son rapport : « Il apparaît factice de
séparer la construction du Gazoduc, qui nécessitait l’embauche d’une
main-d’œuvre qualifiée et des moyens techniques considérables, des
mesures prises par le régime birman pour assurer sa sécurité. Or, ce
sont ces mesures de sécurité qui ont généré du travail forcé et des
déplacements de population dans la zone. 4…
Total et UNOCAL n’ont pas volontairement utilisé du travail forcé pour
la construction du gazoduc, mais en ont indirectement bénéficié, en
raison de la militarisation de la zone ».
En conséquence, la mission parlementaire recommande (en vain) que
Total « fige » ses activités en Birmanie. Quant à UNOCAL, elle fait
l’objet d’un recours en justice aux Etats-Unis. L’avocat des plaignants
remarque que les villageois ont été obligés de travailler et ont été
payés par les étrangers. Cela démontre que l’armée birmane était
impliquée dans le projet de gazoduc et qu’elle était présente dans les
opérations de nettoyage préalable à la construction des infrastructures
nécessaires au chantier (routes, héliports).
Les exactions militaires dans une douzaine de villages à l’occasion
de ce chantier ont également été dénoncées par la Fédération
Internationale des Droits de l’Homme (FIDH) et par plusieurs
organisations non gouvernementales (ONG) qui font état de déplacements
de populations manu militari et même d’exécutions sommaires. Le
scandale est tel que le gouvernement belge a alors décidé de ne pas
renouveler un contrat de six cents millions de francs français avec la
compagnie Total pour cause de « collusion » avec le régime de Rangoon.
Dans une déclaration au quotidien Le Monde en juillet 1996, Aung San
Suu Kyi, prix Nobel de la paix 1991, place Total au premier rang des
soutiens dont bénéficie le régime de Rangoon.
Enfin, l’Union Européenne, l’ONU et même les Etats-Unis, ont dû
prendre des résolutions à l’encontre de la junte. Plusieurs
multinationales, craignant d’être éclaboussées (ce qui nuit au
bisness), quittent la Birmanie en invoquant le « manque de démocratie
». Citons : Texaco, Atlantic Richfield, Arco, Pepsi Cola, Levi’s,
Interbrew, Carlsberg, Heineken, Reebok, C & A, Hewlett Packard,
Eastman Kodak. D’autres, comme Unilever ont cité la Birmanie comme
étant un pays où ils ne feraient pas commerce. Il en va de même de
Shell et Exxon. Total reste sur place. Et que dit l’ONU ? Une
déclaration de son Rapporteur spécial en avril 1999, reprend les mêmes
accusations avec des éléments aggravants :
« La situation des droits de l’Homme à l’Est de la « Birmanie » est
extrêmement préoccupante. La stratégie d’affrontement poursuivie par
les militaires à l’encontre des minorités conduira inexorablement à une
véritable catastrophe humanitaire. Un demi million de personnes ont été
déplacées et plus de 100 000 personnes se sont réfugiées en Thaïlande. »
Tous les faits rapportés plus haut sont connus et dénoncés depuis
des années dans le monde entier. Kouchner, lui, enquête en Birmanie en
2002 aux frais de Total et il nous rassure : aucun esclavagisme. « Je
suis sûr à 95 % que les gens de Total ne sont pas capables de faire ça
». Des enfants esclaves ? Que nenni car « les tuyaux des pipe-lines
sont trop lourds pour être portés par des enfants » (sic).
Mais voici que Total reconnaît avoir dû protester contre les
méthodes de l’armée birmane, que lors d’un débat dans une FNAC à Paris,
le pétrolier confesse tardivement avoir indemnisé 400 birmans, forcés
au travail par l’armée sur le gazoduc.
Voici qu’un tĂ©moin affirme avoir vu l’armĂ©e obliger des villageois Ă
déminer le terrain avec leurs pieds et sauter sur des mines.(1)
Kouchner ne sait rien de tout cela.
Impitoyable pourfendeur de Cuba où jamais l’armée ne s’est tournée
contre son peuple, ni ne pratique la torture, le viol, le racket, oĂą
les paysans ne sont pas utilisés comme chair à mines, où les enfants
sont à l’école et pas sur des chantiers, où les richesses ne sont pas
confisquées par une minorité ou bradée à une autre puissance, où les
opposants ne sont pas assassinés aux coins des rues, où l’espérance de
vie est la plus longue de tous les pays pauvres, Kouchner, tout seul
contre le reste du monde, absout Total au pays des tyrans sanguinaires.
Voici que la Fédération Internationale des Droits de l’Homme
regrette son comportement dans cette affaire au moment oĂą le groupe (un
des plus riches du monde) « doit enfin rendre des comptes à la justice
».
Peu lui chaut ! L’homme brigue l’Elysée et il n’est pas impossible,
si ses compromissions honteuses ne sont pas dénoncées partout, qu’il
devienne un jour, pour notre plus grande honte, notre président (au
terme d’une campagne électorale dont on se demande bien qui la
financera). MV
(1) Le chef de la sécurité du gazoduc, un ancien capitaine de la
Légion étrangère, Jean-Claude Knappe, avait révélé au Figaro en
décembre 2003 la pratique du « déminage humain » : « L’armée birmane
forçait les villageois à marcher dans le corridor du gazoduc truffé de
mines antipersonnel ». Par ailleurs, ayant lu mon article, Francis
Christophe auteur de l’excellent et courageux « Total entre marée noire
et blanchiment » aux éditions Golias) m’a téléphoné et m’a expliqué la
raison de cette pratique barbare : l’Armée birmane rafle les animaux et
les vend. Pour elle, un animal vaut donc plus qu’un paysan. (Cette note
de bas de page est ajoutée ce jour à mon texte initial. MV).
d’autres sources sur la collaboration de kouchner total et la junte fasciste birmane
http://www.birmanie.net/birma/11_presse_birmanie.html
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