Par Régis TRILLES le lundi 26 novembre 2007, 16:08 - "Faire exister la gauche!" -
Nicolas Sarkozy aime l'harmonie, la cohérence, et les points sur les i. Ou sur les j. Il en faut trois au mot « injustice ». Il les appose tous. À l'injustice sociale dont il a fait son credo, du paquet fiscal à l'effondrement du montant des retraites pour une majorité des salariés, il ajoute une justice en miettes.
Il ne s'agit pas ici de l'étrange mansuétude dont il aurait fait preuve à l'égard de la caisse noire du patronat dont les enquêteurs lui avaient, assure l'hebdomadaire Mariane, signalé l'existence en 2004 sans qu'il ordonne de poursuite. Le président a des amis puissants et de la reconnaissance pour les petits gestes qui entretiennent l'amitié, à Malte ou ailleurs.
Mais non, il s'agit de ce massacre à la tronçonneuse dont il a chargé Rachida Dati, de ville en ville, de tribunal en tribunal, de territoire en territoire.
Rendez-vous compte: les 52 avocats du barreau de Châteauroux ont entamé hier leur sixième semaine de grève illimitée des audiences contre la perspective de la disparition de toute instruction judiciaire de la ville. L'Indre devenu un désert, puisque La Châtre, Le Blanc et Issoudun n'auraient plus de tribunaux d'instance. Il faudra aller à Bourges, dans le Cher, pour que justice soit rendue.
Qui peut croire qu'une justice toujours plus lointaine sera mieux et plus vite rendue, qu'elle sera égale pour tous quand les citoyens les plus modestes peineront à y accéder, qu'elIe évitera les drames comme ceux d'Outreau?
En liquidant au moins 23 TGI, 178 tribunaux d'instance et 55 tribunaux de commerce, la garde des Sceaux livre crûment sa conception de la justice : elle n'est pas un droit mais un coût, à réduire comme tout ce qui touche à l'intérêt public.
Elle peut même être un désagrément pour la nouvelle coqueluche de l'UMP, quand elle touche au droit divin des patrons d'entreprise et permet à des salariés l'ultime recours devant les prud'hommes, 63 conseils seraient ainsi supprimés.
Alors qu'il faut déjà jusqu'à 24 mois pour qu'un dossier soit instruit au conseil de Bobigny, qui peut croire que les concentrations à venir accélèreront le mouvement?
Dans tout le champ de la justice, un sale boulot est à l'œuvre et il est fait salement, sans consultation des intéressés, des élus et des populations qui savent que la suppression d'un tribunal s'accompagnera de la disparition d'un hôpital, de la perte de bureaux postaux, de la réduction du nombre des fonctionnaires à l'œuvre pour servir l'intérêt général.
On y vivra plus pauvres, moins reconnus, plus seuls,.. au nom de « la réforme» qu'agite le président de la République.
Avec une justice au rabais pour des injustices décuplées.
Cette combinaison bien assortie doit faire réfléchir tous ceux que cette politique affecte.
Et peut être le ferment de nouvelles solidarités.

