Meeting de Japy sur l'Europe - Intervention de Marie-George Buffet

Mis en ligne : 28 novembre
Chers
amis, chers camarades,
Elle ne vous rappelle rien cette salle ? On y était venus parler
d'Europe, au moment où la campagne contre le projet de constitution
européenne commençait à prendre de l'ampleur. Nous étions déjà tous là
et pour la première fois avait flotté un air de victoire ! Pour la
première fois nous avions senti qu'une mobilisation se levait et qu'un
immense vent d'espoir était entrain de naître dans notre peuple.
Eh bien c'est avec cette même volonté de réussite que nous sommes là ce soir.
C'est
avec cette même détermination parce que oui, oui il faut un référendum.
Il faut un référendum parce que, sur ce nouveau traité comme sur tout
le reste, on ne peut pas accepter que le passage en force systématique,
la désinformation méthodique, que tout cela devienne un véritable
système de gouvernement.
C'est ce même mélange d'autoritarisme et de mensonge
qu'ils ont voulu imposer sur la réforme des régimes spéciaux, avant que
le mouvement social, le combat mené par beaucoup à gauche les pousse à
enfin reconnaître la légitimité des inquiétudes des personnels
concernés. C'est ce même cocktail de suffisance et de fables qu'ils ont
voulu nous resservir sur l'université, l'emploi dans la fonction
publique et demain sur le pouvoir d'achat.
Aujourd'hui, en demandant un référendum, c'est aussi à cet autoritarisme que nous voulons dire NON.
La démocratie, ce n'est pas un vote un dimanche et tous aux ordres pendant cinq ans.
Aussi, c'est aussi au mouvement social, aux
revendications légitimes émises par les cheminots, les traminots, les
fonctionnaires, les étudiants et tous les autres que nous voulons dire
oui.
En disant oui à leurs revendications, je veux redire
qu'en faisant cotiser les revenus financiers au même titre que les
salaires, je veux redire qu'en modulant l'assiette des cotisations
sociales pour pénaliser les entreprises qui font le choix de la finance
contre celui du travail, en augmentant la masse salariale, en faisant
reculer la précarité et le chômage, on trouvera les financements
nécessaires pour assurer une protection sociale de qualité.
Avec une telle réforme, il sera possible d'assurer une
bonne pension de retraite pour tous les salariés, dès 60 ans et plus
tôt pour toutes les professions dont la pénibilité aura été reconnue,
une pension permettant que la retraite ne soit pas une fin de vie, mais
bien le moment d'une nouvelle vie.
En disant oui à leurs revendications, je veux redire
qu'avec une vraie réforme de la fiscalité, on pourra créer les postes
nécessaires dans la fonction publique.
Et ainsi, les enseignants auront le temps et les moyens de mieux
s'occuper de chaque élève, les infirmières de chaque patient, la
justice de chaque plaignant !
En disant oui à ces revendications, je veux dire qu'avec un peu de
volonté, on peut parfaitement augmenter le pouvoir d'achat. Nicolas
Sarkozy, je sais pas si vous avez vu, est un homme de défi. Il
chercherait à augmenter le pouvoir d'achat sans augmenter les salaires.
D'autres ont essayé avant lui, par exemple tous ces enchanteurs qui
pensaient changer le plomb en or. Et on attend toujours...
Aussi, je ferais plus appel aujourd'hui à la volonté
qu'à la magie !
Avec un peu de volonté on peut taxer les profits pétroliers de Total,
12 milliards d'euros encore cette année, et ainsi baisser la TIPP et le
prix de l'essence.
Avec un peu de volonté on peut bloquer l'augmentation des loyers.
Avec un peu de volonté on peut acter la mort du CNE, en
profiter pour enfin pénaliser la précarité, et le temps partiel imposé
surtout aux femmes, et ainsi avancer vers la sécurisation de l'emploi.
Et avec un peu de volonté toujours, l'Etat peut
augmenter le SMIC, les salaires des fonctionnaires et par exemple
contraindre le patronat à négocier, branche après branche, pour
refondre toutes les grilles de salaire dans le privé ! L'augmentation
des salaires, les profits des entreprises le permettent, c'est un
impératif, c'est incontournable, ce doit être tout de suite !
Et devant toutes ces attentes que le gouvernement
n'entend pas, permettons que la voix du peuple se fasse entendre ! Et
parce que tout est bloqué à Paris comme à Bruxelles, alors oui :
exigeons un référendum !
Il faut un référendum sur ce nouveau traité parce que
notre avenir à tous et toutes, de Talinn à Lisbonne, est aussi écrit
dans les lignes tortueuses de ce traité Sarkozy.
Il faut un référendum parce que lorsqu'on se prétend
démocrate, on ne décide pas de ce que sera l'avenir commun des peuples
en conclave ou en congrès.
A les entendre, l'urgence serait de relancer l'Europe, et pour cela
d'adopter ce traité dont l'objectif serait de permettre à l'Europe de
repartir.
Alors ce traité, ce ne serait donc quelques amendements
pour faciliter le fonctionnement de l'Union. Ce serait un simple
règlement intérieur.
Déjà, le projet défunt de constitution européenne, ils
nous le vendaient comme un acte banal selon les uns, la solution à tous
nos problèmes selon les autres.
En fait, comme en 2005, ils cherchent donc à nous cacher que le but de
ce traité est de soumettre nos vies et notre quotidien aux désirs des
politiques libérales.
Leur but n'est pas de débloquer l'Europe. Il n'y a donc aucune urgence
à adopter ce traité qui n'est que le petit frère de la constitution
européenne. La preuve, Giscard ne cesse d'en réclamer la paternité !
L'urgence est, au contraire de regarder pourquoi leur
Europe est en panne et pourquoi, aujourd'hui, cette grande idée ne fait
plus rêver personne.
Comment cett idéal de paix entre les Nations s'est métamorphosé en guerre permanente contre les salariés.
Directive après directive, l'Europe s'est construite
pour remettre en cause toutes les victoires et les droits acquis par
les luttes sociales et populaires des salariés européens. Et c'est
partout en Europe, d'Allemagne en Hongrie, du Portugal en Slovénie que
la contestation monte contre ces politiques faites en permanence contre
les peuples.
L'urgence est de regarder pourquoi les peuples n'ont
plus aucune confiance en Bruxelles et même souvent rejettent ce qui s'y
décide.
Comment s'en étonner quand on compare leurs discours
sur la démocratie et les droits de l'homme et la réalité d'un pouvoir
renfermé sur lui-même, dogmatique comme jamais, insensible à toute la
contestation qui monte en Europe contre les privatisations de services
publics, la remise en cause des droits, les atteintes aux libertés
individuelles.
L'urgence est de regarder pourquoi la promesse d'une
Europe qui serait le contrepoids humaniste à la puissance américaine
s'est muée jusqu'à faire de l'Union le premier de la classe, un peu
fayot, de l'atlantisme. Le premier prix zélé du néolibéralisme.
Alors que l'Europe pourrait être la référence de tous les combattants de la liberté et de la justice sociale de par le monde !
Devant ce triste bilan, il ne peut être question de
repartir avec un attelage impopulaire, dangereux et poussif. Et cet
attelage, cette Europe là, c'est bien entendu celle du traité Sarkozy !
Cette Europe-là, notre peuple n'en veut pas. Et beaucoup de peuples d'Europe n'en veulent pas.
Ils ne veulent pas de l'Europe de la concurrence libre
et non faussée, du moins disant social et de la démolition des services
publics. Ils ne veulent pas de cette Europe mesquine qui à l'instar de
Jean-Claude Trichet à la Banque centrale européenne, dorlote les
banques, les marchés et les multinationales pour mieux maltraiter les
salaires, l'investissement, et tout ce qui pourrait faire notre avenir.
Cette Europe là, notre peuple l'a rejeté. Il l'a fait démocratiquement
au terme d'un immense débat populaire. Et le peuple néerlandais a fait
de même. Le non l'a emporté avec plus de 54% en France, 60% au
Pays-Bas. Alors ils n'ont pas le droit de l'imposer au forceps ou de
nous forcer la main avec ce traité Sarkozy.
Ils n'ont pas droit d'imposer au peuple ce qu'il a lui même rejeté.
Et partout en Europe, toutes les études d'opinion le
démontrent, les peuples veulent décider et refusent à leurs
gouvernements le droit de parler en leur nom.
Ils nous disent que c'est le meilleur compromis possible.
Mais un compromis où les chefs d'Etat et de
gouvernement décident à la place de leurs peuples ce qui serait bon
pour eux n'est pas un compromis. C'est une atteinte aux droits des
peuples.
Un compromis ne proposant pas la moindre inflexion des
politiques économiques et sociales de l'Union, pas le moindre bougé de
ses orientations diplomatiques, commerciales et militaires n'est pas un
compromis. C'est une impardonnable fuite en avant !
Aussi, je veux le dire clairement. La gauche en France ne peut pas cautionner ce viol de la parole souveraine des Français.
La gauche ne peut pas laisser construire l'Europe sans les peuples qui la composent, contre les peuples qui la composent.
Alors oui, tous et toutes ensemble à gauche, exigeons
un référendum !
Ce référendum, ces référendums partout en Europe, ils doivent être le
moyen de bousculer tous ceux qui aujourd'hui font l'Europe leur chasse
gardée avec la morgue indécente de ceux qui croient la posséder.
Ces référendums, ils doivent permettre de bousculer
tous ceux qui cachent derrière leur froide assurance leur soutien total
à une Europe qui ne serait plus un idéal de paix et d'entraide entre
les peuples, mais bien le terrain d'une concurrence sauvage tout
entière au bénéfice des plus forts.
Dans leur Europe, la guerre des tranchées laisse sa
place à la guerre économique. On ne tue plus ses voisins mais on les
jette au chômage.
Et cette Europe serait la seule possible ? Elle le sera tant que les
gouvernements sauront éloigner les peuples des décisions qu'ils
prennent à Bruxelles. Elle le sera tant que les peuples
n'interviendront pas directement dans les affaires européennes.
Aussi, en exigeant un référendum, on ne demande pas
simplement de faire avaliser ou rejeter le traité Sarkozy ! Nous avons
l'opportunité de favoriser l'intrusion, enfin, des aspirations
populaires au coeur de l'Union européenne. Nous avons l'occasion, en
laissant exprimer toutes ces attentes, de faire éclater, publiquement,
l'exigence d'une autre Europe. Et c'est en avançant sur l'idée qu'une
Europe démocratique, sociale, écologique, pacifiste est nécessaire que
nous pourrons la rendre possible !
Alors oui, nous demandons un référendum ! Nous voulons
un référendum accompagné, comme en 2005, d'un immense et large débat
populaire !
Nous demandons un référendum, en France comme dans les 26 autres pays
membres de l'Union pour saisir, tous et toutes ensemble, cette chance
d'imposer d'autres priorités à l'Europe telle que la rêve Nicolas
Sarkozy !
Nous voulons un référendum pour que les peuples
imposent à l'Europe de s'engager plus pour la paix au Proche-Orient que
pour le laisser-faire à l'OMC.
Nous voulons un référendum pour que les peuples imposent à l'Europe
d'enclencher la conversion écologique de notre économie plutôt que de
la laisser continuer à soumettre l'énergie, le ferroviaire et
l'agriculture aux logiques du tout marchand.
Nous voulons un référendum pour que les peuples
imposent à l'Europe d'harmoniser enfin les droits humains et sociaux
par le haut plutôt que d'encourager toujours le moins disant social et
démocratique.
Et comme nous l'avons fait en 2005, les communistes
seront au premier rang pour mener cette bataille du référendum. Comme
en 2005, nous allons informer sur la réalité d'un traité dont les
Françaises et les Français ne savent rien d'autre que les mensonges
qu'en dit Nicolas Sarkozy et ses amis.
Et comme en 2005, face à ce traité Sarkozy qu'ils
décrivent comme mini, mais qui est surtout minimaliste en matière de
droit et de progrès social, nous démontrerons qu'avec un peu de volonté
politique, l'Europe pourrait rapidement changer de visage !
L'Europe pourrait, en effet, prendre à bras le corps la
question de l'argent, de son utilisation, de sa maîtrise par et pour
les peuples. Et pour désarmer les fonds de pension et les marchés
financiers, il faudra bien investir la mère de toutes les banques,
cette BCE, afin que ce soit vous qui lui donniez sa feuille de route !
Et le rapport de force populaire pourra nous permettre
de mettre l'argent au service des salaires, de la recherche, de la
formation, de l'emploi, plutôt qu'au service des marchés financiers.
L'Europe pourrait mettre au coeur de son projet la
coopération en matière de recherche, de partage des coûts, de
modernisation de l'industrie et des services, et ce notamment pour la
gestion de ce qui est notre bien commun.
L'intervention populaire dans le débat pourra faire
avancer notre exigence de services publics pour l'énergie, les
transports, l'eau, les communications, le logement…
Seule l'intervention populaire pourra garantir leur
accessibilité à tous les citoyens et citoyennes, leur contribution
positive à la protection de l'environnement, leur caractère décisif
pour assurer l'épanouissement de chacun et de chacune, et ce partout en
Europe !
L'Europe pourrait enfin, à l'instar de la bataille
engagée par Gisèle Halimi pour imposer la clause de l'Européenne la
plus favorisée, s'engager vraiment dans le progrès de notre
civilisation.
Il s'agirait de prendre dans le droit de chaque Etat
membre les dispositions les plus favorables aux femmes, aux salariés,
aux jeunes pour en faire un socle du droit européen, un objectif à
atteindre rapidement par les Etats !
Oui ce ne peut être que par l'intervention populaire que l'Europe pourra enfin passer de la marche arrière à la marche avant !
Alors oui, pour toutes ces raisons, oui il faut un référendum !
Et nous allons mener campagne ensemble pour l'obtenir !
En lien avec les luttes sociales et démocratiques, en
phase avec les aspirations populaires, nous allons toutes et tous
ensemble faire grandir l'exigence d'une autre Europe, d'une politique
en France, et pour cela d'un autre ordre mondial afin, tout simplement
que dans ce monde si riche, chacune et chacun est le droit au bien être
et à la réussite. |