Olivier Riff, ouvrier manutentionnaire, trente-neuf ans, responsable syndical CGT.
Depuis dix-huit ans Olivier Riff est opérateur chez Continental. La période qu'il vient de traverser, depuis le choix de la direction d'augmenter le temps de travail, a été « éprouvante ». « En fin de compte, ce référendum a été utilisé par la direction contre les syndicats, nous n'avions pas les moyens, de notre côté, d'éditer un DVD, ou d'imposer des écrans plasma à l'intérieur de l'usine, comme ils l'ont fait, pour défendre leur point de vue », lâche le syndicaliste. « Il y a beaucoup de jeunes parmi nous et c'est notre premier affrontement sévère avec la direction, nous n'avions sans doute pas les ficelles pour rivaliser », constate-t-il. Pour autant, le jeune homme ne se sent pas découragé. « Même si nous avons été démunis face à ce matraquage, ces pressions et ce chantage à l'emploi, nous avons obtenu d'écarter du dispositif les salariés de plus de cinquante-cinq ans, la certitude d'obtenir la prime de groupe de 600 euros et le maintien à 5 heures du matin alors que la direction voulait le décaler à 6 heures. Cela nous a appris beaucoup pour l'avenir, notamment sur la nécessité de mobiliser les salariés en aval. Il faudra être beaucoup plus virulent. » Le syndicaliste se veut lucide concernant l'avenir de l'usine : « Des efforts ont été demandés aux salariés, mais si le principe qui prévaut aujourd'hui, c'est-à-dire la concurrence avec les usines allemandes, s'étend au-delà, vers les pays de l'Est ou l'Asie, quarante heures hebdomadaires ou pas, notre unité fermera ! » « D'ailleurs, j'ignore si les chiffres que nous donne la direction sont réels ou non, il faut être vigilant car le jour où l'on nous apprendra que l'on réfléchit à une éventuelle délocalisation de la production, il sera trop tard », ajoute-t-il.
La bonne santé de l'entreprise n'aide guère à comprendre la stratégie de la direction, selon Olivier. « Aujourd'hui, notre entreprise fait des bénéfices et l'on nous demande des efforts, qu'est-ce que ce sera si par malheur demain nous en faisions moins ? » conclut-il.
Fr. D.
l' Huma du 27 / 12 / 07

