Editorial par Pierre Laurent
Présenté juste avant Noël comme une victoire de la doctrine présidentielle « travailler plus pour gagner plus », le référendum patronal organisé dans l'usine Continental de Sarreguemines n'a pas tout à fait la même allure vu de plus près. Nous nous sommes rendus sur place au lendemain du vote des salariés qui a ratifié le retour aux 40 heures. Tous les témoignages convergent. C'est avec beaucoup de fatalisme et la peur au ventre sur l'avenir de leurs familles que les ouvriers sont allés voter. Nous sommes très loin de l'adhésion vantée par la propagande patronale et gouvernementale. Instructif aussi le détail des moyens de communication utilisés par la direction de l'entreprise, qui ne trouve pas un centime pour augmenter ses salariés, mais en trouve beaucoup plus facilement quand il s'agit d'inonder le personnel de son discours. Le chantage à la fermeture de l'usine a été mis en scène sous toutes les coutures. Et le maire UMP de la ville est venu prêter main-forte sans hésiter. Décidément, patronat et UMP savent se renvoyer la balle. À l'échelon local comme au plus haut sommet de l'État. N'est-ce pas Messieurs Sarkozy et Bolloré ?
Pendant que le nouveau couple présidentiel s'offre des vacances aux frais de ses amis boursiers et que l'on amuse la galerie avec le récit quotidien de leur idylle au pays des pharaons, le gouvernement en profite pour continuer à combler de cadeaux la hotte du MEDEF. Le dernier en date n'est pas mince. Affichant le plus total mépris des négociations, il a inscrit en pleine période de congés dans les décrets d'application de la réforme des régimes spéciaux le passage non plus à 40 ans mais à 41 années de cotisations pour la retraite. Une véritable provocation qui, cette fois, ne vise pas seulement les salariés des régimes spéciaux, mais l'ensemble des salariés, du public comme du privé. En effet, cette question doit théoriquement être examinée lors du rendez-vous sur les retraites, prévu en 2008. L'inscrire par anticipation dans les décrets concernant les régimes spéciaux, c'est forcer la main de tous les salariés et tenter de vider par avance le rendez-vous de négociations de 2008 de toute substance.
La méthode Sarkozy se révèle une nouvelle fois pour ce qu'elle est : une méthode de mensonges grossiers. Comme nous n'avons cessé de le dire, la campagne qui visait à faire passer les cheminots et leurs collègues de la RATP et d'EDF-GDF pour des privilégiés n'était qu'un leurre destiné à permettre d'enfoncer plus tard les garanties collectives de tous les salariés. L'éditorialiste du journal des affaires les Échos, nouvelle propriété d'un autre ami du président, le milliardaire Bernard Arnault, vendait hier clairement la mèche. « La publication prochaine des décrets mettant en oeuvre la réforme des régimes spéciaux de retraite, écrit Henri Gibier, représente, d'une certaine façon, l'ultime pierre qui vient couronner quelque quinze ans d'efforts déployés par les gouvernements successifs pour désamorcer la “bombe” des 60 ans. » C'est donc bien le droit à la retraite à 60 ans dans son ensemble qui est visé et non tel ou tel régime spécial. Présentée comme nouvelle, la méthode Sarkozy utilise au moins une recette vieille comme le monde patronal, le mauvais coup en période de congés. Le nouveau président y ajoute l'étalage du cynisme, les salariés apprenant la nouvelle en regardant des journaux télévisés où se côtoient la misère des uns et le luxe des autres.
Toutefois, quoi qu'en rêvent le président et ses commanditaires du CAC 40, le dossier des retraites n'est pas clos. Il se confirme au contraire après ce dernier coup tordu qu'il sera l'un des grands enjeux de l'année sociale 2008 .
l' Huma du 27 / 12 / 07

