L'esprit
de cour demande de la souplesse d'échine et de l'humilité face au
monarque. Jacques Attali en possède à revendre qui, hier, citait Turgot
pour donner du « Vôtre Majesté » à Nicolas Sarkozy et la supplier de
« maintenir l'exécution » de son rapport, « avec fermeté, sans se
laisser effrayer par des clameurs qu'il est impossible d'éviter ».
Partisan de l'absolutisme libéral, l'ancien sherpa de François
Mitterrand l'est devenu de l'absolutisme politique.
Le
chapeau du contrôleur général des finances de Louis XVI est un peu
grand pour cet inconditionnel de la mondialisation capitaliste et,
reconnaissons-le, il n'a pas proposé que seuls les propriétaires
puissent voter ni conduit à la famine de 1775… Mais « les clameurs »
montent. Les fonctionnaires font grève aujourd'hui et manifestent parce
que leur pouvoir d'achat diminue, que leurs effectifs vont être
diminués, que les services rendus à la population ne cessent de se
réduire. Ils ont d'ailleurs le soutien de 57 % des Français (75 % des
sympathisants de gauche), qui jugent leur mouvement « justifié », selon
l'institut BVA. Une majorité absolue (56 %) estime « mauvaise » la
politique économique du gouvernement et recale les mesures phares du
rapport de la commission Attali. Mais le président de la République a
annoncé la couleur, il n'hésitera pas à gouverner contre la volonté du
peuple. Absolument monarque.
Le ministre de
l'Éducation, Xavier Darcos - sans doute plus répétiteur que
pédagogue -, s'est autorisé à déclarer à l'Assemblée nationale ne
« plus très bien » savoir quels sont « les motifs de cette grève »
devenue, selon lui, « une sorte de rituel ». La suppression de plus de
11 000 postes d'enseignants à la rentrée (et le rythme doit ensuite
s'accélérer !), l'accroissement des délais des remplacements, la
suppression d'options ou d'enseignements… tout cela ne serait qu'un
attachement suranné à l'avenir des enfants, un réflexe conditionné qui
envisagerait un avenir pour tous plutôt que des intérêts très
particuliers. Avec des frénésies de lapins mécaniques, les médias
dominés par les groupes du CAC 40 s'attachent à voiler ces enjeux
derrière le refrain des « scléroses corporatistes », la comptine « des
privilèges qu'auraient les salariés modestes » et la scie des
« emmerdements maximum » que causent les grèves, selon la formule
délicate du ministre. Ils feraient bien de laisser la pensée unique de
côté et de regarder de près l'enquête du CSA sur l'information, publiée
hier par la Croix, qui relève les sujets que les Français jugent
maltraités. Ils portent pour la plupart sur ces tensions économiques et
sociales, sur les menaces que font peser les dérégulations libérales
sur des secteurs utiles aux populations.
Mais
dans les allées du palais l'autosatisfaction est une règle de
l'étiquette. Alors que l'économie mondiale est secouée par une crise
aiguë, que les Bourses européennes chutaient de nouveau hier, Nicolas
Sarkozy plastronnait en se réjouissant d'avoir adopté « une politique
qui est à peu près celle que les États-Unis sont en train d'enclencher
aujourd'hui ». Avec de si beaux résultats ! Lui qui, comme ce fut fait
aux États-Unis, voulait endetter les Français en les faisant « tous
propriétaires », se bouche les yeux devant le désastre des subprimes et
ces millions d'Américains jetés à la rue, faute de pouvoir payer leurs
emprunts.
« Les choix économiques de juillet
étaient les bons, se persuade le porte-parole du gouvernement Laurent
Wauquiez, d'ailleurs, il n'y a aujourd'hui plus aucun débat là-dessus,
personne ne conteste. » Versailles ou Neuilly s'étourdissent, le
président absolu remonte sa montre de prix, la rue commence à gronder.
l' Huma du 24 / 01 / 08