Crise
banquaire . Entre opérations frauduleuses et crise des subprimes, la
Société générale a déclaré, hier, lors d'une conférence de presse
exceptionnelle, des pertes colossales pour l'année 2007.
La
Société générale (SG) a révélé jeudi des pertes colossales dues à une
« fraude » massive au sein de la banque, la plus importante de
l'histoire de la finance (- 4,9 milliards d'euros), mais aussi à la
crise des « subprimes » (- 2 milliards d'euros). La Société générale,
l'une des trois premières banques françaises, a expliqué que l'un de
ses traders, travaillant au sein d'une sous-division de ses activités
de marché depuis 2005 et comme « technicien » depuis 2000, avait
profité de « sa connaissance approfondie des procédures de contrôle »
pour « dissimuler » des transactions. Cette fraude est d'autant plus
spectaculaire qu'elle est intervenue dans des activités sur lesquelles
cet établissement est le numéro un mondial incontesté et qui
nécessitent une architecture sophistiquée de contrôle des risques.
L'employé, qui a reconnu les faits, a été immédiatement mis à pied et
une plainte a été déposée contre lui jeudi, a indiqué le PDG, Daniel
Bouton.
un contexte « malheureux »
La
fraude a été découverte dimanche après un contrôle de routine vendredi
soir et deux jours d'enquête. Lundi, la direction a souhaité solder
l'ensemble de ces positions, pour un montant de 40 à 50 milliards
d'euros. Compte tenu du « krach » du début de semaine, l'opération a
coûté 4,9 milliards d'euros à la banque, soit plus de la moitié du
« trou de la Sécurité sociale », et aurait pu avoir des conséquences
encore plus importantes si les cours de la Bourse avaient chuté plus
violemment. Toutefois, le résultat net de la banque restera positif en
2007, avec des gains estimés entre 600 et 800 millions d'euros. Lors
d'une conférence de presse, hier, la direction a tenté de banaliser
l'événement, intervenu selon elle dans un contexte « malheureux ».
faillite du système ou escroquerie ?
Pour
Elie Cohen, professeur d'économie à Science Po, l'explication donnée
par la Société générale est difficile à croire. « La banque française,
championne des produits dérivés, est châtiée par là où elle a innové.
Les procédures de contrôle interne, qui normalement constituent le
coeur de métier des banques, se sont révélées dramatiquement
insuffisantes », poursuit-il. Ce sentiment a été confirmé par un
analyste d'une société de gestion parisienne, souhaitant garder
l'anonymat, qui estime « quand même curieux que quelqu'un qui
semble-t-il n'avait pas de très grosses responsabilités » ait pu seul
provoquer de telles pertes. « Ce n'est pas à une personne qui touchait
peu pour le secteur, même pas 100 000 euros, à qui on va confier des
portefeuilles extrêmement importants », explique-t-il, jugeant que la
Société générale est peut-être en train de « charger un pauvre bougre
pour faire passer des pertes qui se sont accumulées » au cours de la
crise des « subprimes ».
Evénement exceptionnel
ou faillite d'un système, cette affaire ressemble à l'escroquerie
réalisée dans les années 90 aux dépends de la Barings par son courtier
Nick Leeson, qui a abouti à la ruine du vénérable établissement. Plus
récemment, l'affaire du « trader de Calyon », intervenue en septembre
2007, avait coûté au Crédit agricole 230 millions d'euros. Selon une
note des analystes de HSBC, « le sentiment sur le contrôle des risques
dans les banques françaises est une nouvelle fois touché et cela ne
fera que renforcer les craintes des investisseurs pour le secteur
bancaire ».
Clotilde Mathieu
l' Huma du 25 / 01 / 08