Commerce . Pour la première fois dans la grande distribution, plusieurs syndicats font front commun pour les salaires et appellent à une grève nationale, vendredi.
Qualificatif « historique ». Jamais, jusqu'à ce 1er février, les syndicats du commerce n'étaient parvenus à s'entendre pour construire main dans la main une action commune dans le secteur. C'est désormais chose faite. Hier, après trois ans de travail de rapprochement souterrain, les trois syndicats majoritaires de la grande distribution - CGT, CFDT et FO - ont appelé les 635 000 salariés à une journée nationale de grève contre la précarité dans toutes les enseignes, des mastodontes comme Carrefour ou Auchan, aux petites structures telles Picard ou Match. « On se chamaillait entre syndicats quand on était petits, maintenant on a grandi et c'est ensemble qu'on va cogner », explique un brin ironique Michel Enguelz, secrétaire fédéral FGTA-FO. La stratégie d'attaque ? « Frapper le porte-monnaie des distributeurs en bloquant les magasins », ajoute Dejan Terglav, également responsable FO.
Commerce et précarité
Au menu des revendications, forcément, la liste se fait longue.
Commerce et précarité est presque devenu un pléonasme tant le secteur
cumule les souffrances du travail. Un écrasement des salaires au niveau
SMIC, près de 40 % de temps partiel imposé, un temps de travail
annualisé, qui réduit la possibilité de réaliser des heures
supplémentaires majorées, des horaires éclatés jusqu'à tard le soir et
le week-end, des postes parmi les plus exposés aux troubles
musculo-squelettiques, un sous-effectif chronique, des exigences de
rentabilité qui, liées à la faible présence syndicale, poussent les
directions à utiliser des moyens de pression plus ou moins légaux…
Bref, « des raisons pour se mettre en grève, il y en a des milliers,
confie Claudette Montoya, déléguée centrale CGT Carrefour. Mais trop,
c'est trop, les gens sont à bout. La misère, ils la vivent au quotidien
maintenant et pas juste sur des coups durs ».
De l'avis de tous, le mouvement s'annonce fort. « Même nous, on est surpris par l'ampleur que ça prend, par la masse de personnes qui osent dire droit dans les yeux à leurs chefs qu'ils vont faire grève vendredi, raconte Aline Levron, secrétaire nationale CFDT. Cette action, ce n'est pas trois syndicalistes nationaux qui se font plaisir, elle est vraiment poussée par l'exaspération des salariés. »
les infraction au code du travail
À toute grève sa goutte d'eau. La veille, le jeudi 31 janvier, est fixé
le troisième round des négociations salariales avec la Fédération
patronale du commerce et de la distribution (FCD), qui s'annonce
houleux. Lors de la dernière rencontre, début décembre, la FCD a
proposé d'inclure le forfait pause (59 euros au minimum) dans le calcul
du taux horaire et non plus de l'additionner. « C'est une infraction à
l'article D. 141-3 du Code du travail, affirme Michèle Chay,
responsable nationale CGT commerce. Concrètement, ça veut dire que les
trois premiers niveaux de la grille salariale, soit 70 % des salariés
du commerce, passeraient en dessous du SMIC. C'est insultant et
inacceptable. »
Christelle Chabaud
l' Huma du 30 / 01 / 08

