Par Patrick Le Hyaric directeur de L'Humanité
Après le journal le Monde qui, durant les élections municipales et cantonales, a été le partenaire presse de France Inter, c'était hier au tour de Libération pour le 40e anniversaire du début des mouvements de Mai 68. Je réitère publiquement ce que j'ai eu l'occasion de proposer aux dirigeants d'autres médias : nous aussi nous sommes disponibles.
Dans le cadre du partenariat France Inter-Libération, la revue de presse de 8 h 20 était confiée au directeur de Libération, Laurent Joffrin. On aurait pu penser, s'agissant d'un confrère, qu'il aurait cité, comme l'avaient fait tous les responsables politiques qui s'étaient livrés à cet exercice durant la campagne des élections présidentielles, tous les titres de la presse quotidienne nationale.
Illusion ! Laurent Joffrin fait toute sa revue de presse en omettant d'évoquer de nombreux titres pour valoriser, à trois longues reprises, son journal Libération. Cela peut, à la limite, se comprendre. Mais il est des choses inintelligibles parce qu'elles sont totalement contraires à l'éthique entre confrères de la presse.
Comment comprendre en effet que Laurent Joffrin consacre une part importante de sa revue de presse au sujet sensible de l'euthanasie en ne faisant aucune référence au seul journal qui, hier, y a consacré sa « une », son ouverture et son éditorial, à savoir l'Humanité ? Il a ensuite évoqué, à juste titre, la crise financière. L'Humanité y dédie deux pages avec notamment un entretien d'une grande qualité de l'économiste et philosophe Frédéric Lordon. Cela non plus n'existe pas pour Laurent Joffrin ! Enfin, il passe à l'anniversaire de Mai 68, qui est aussi le sujet de l'émission et le fil conducteur du numéro de Libération. L'Humanité consacre une page à cet événement. Elle n'est toujours pas citée.
Plus généralement, le journal Libération a été présenté, hier, comme ayant fait preuve d'originalité car écrit avec les étudiants de Nanterre. Nous apprécions et saluons cet événement éditorial. Mais comment expliquer, dès lors, que l'Humanité, qui a réalisé son numéro du 28 janvier en rassemblant à son siège, deux jours durant, 100 jeunes inscrits à l'initiative Libres Échanges Jeunes, n'ait bénéficié ni du même traitement ni de la même promotion ?
En fait, ce que nous avons vécu et entendu hier tendrait à montrer que ceux qui usent tant des mots « ouverture aux autres » et « débat démocratique » ne sont pas toujours ceux qui les pratiquent forcément. Si un responsable de l'Humanité avait eu à présenter la revue de presse de notre grande radio publique, il n'aurait pas manqué de citer Libération et les autres titres. Nous l'aurions fait parce que nous aimons le pluralisme et le défendons. C'est un impératif pour une démocratie revivifiée. Au nom de quoi le travail d'une rédaction doit-il être à ce point caché aux auditeurs
l' Huma du 22 / 03 / 08

