Extrême droite . Face aux nostalgiques de l'Algérie française, quatre-vingts contre-manifestants ont dénoncé la réhabilitation
de l'organisation criminelle.
La
France marche sur la tête. Voilà la réflexion qui venait à l'esprit de
tout démocrate et républicain à la vue de la scène ahurissante de
mercredi soir, place Charles-de-Gaulle, à Paris. Au prétexte d'honorer
la mémoire des victimes de la fusillade de la rue d'Isly, le 26 mars
1962, une quarantaine d'anciens membres de l'OAS et autres nostalgiques
de l'Algérie française, sous la protection des forces de l'ordre,
traversent la place de l'Étoile pour raviver la flamme du souvenir sous
l'Arc de triomphe et brandir leurs étendards face à la tombe du Soldat
inconnu. La cérémonie constitue, dans l'esprit de ses organisateurs,
d'anciens factieux regroupés au sein de l'Adimad-OAS et de
l'association Souvenir du 26 mars, un pas de plus dans la
réhabilitation de l'organisation criminelle. La preuve ? La présence,
dans ce rassemblement, auquel les autorités ont donné leur feu vert,
d'Armand Belvisi, compagnon de Jean-Bastien-Thiry, organisateur des
deux attentats manqués contre le général de Gaulle. L'ancien
terroriste, militant d'extrême droite, qui ne manque aucune occasion de
clamer qu'il « ne regrette rien », s'offre le luxe de venir narguer les
quatre-vingts contre-manifestants venus protester contre la présence,
dans ce lieu symbolique de la République, de ceux qui retournèrent,
hier, les armes contre elle.
Dans une ambiance tendue, les participants à ce
« contre-rassemblement républicain » (1) exposent les raisons de leur
colère, souvent interrompus par les invectives du camp adverse. « Le
symbole que constitue la flamme du souvenir en hommage aux anonymes
morts pour la France a été souillé par la présence de l'oriflamme d'une
association qui regroupe d'anciens traîtres à la République. Il y a là
une inversion totale des valeurs fondatrices de la nation », s'indigne
Jean-Philippe Ould Aoudia, fils de l'un des six inspecteurs des centres
sociaux éducatifs exécutés le 15 mars 1962 par un commando Delta de
l'OAS. Jean-François Gavoury, président de l'Association pour la
mémoire des victimes de l'OAS à l'origine du contre-rassemblement, fils
du commissaire central d'Alger, Roger Gavoury, assassiné par l'OAS en
1961, fustige une « dérive insupportable des institutions de la
République ».
Argument repris par Ian Brossat, président du groupe communiste au
Conseil de Paris. « Autoriser un tel rassemblement est une nette
provocation de la part de Nicolas Sarkozy », insiste le jeune élu. Une
« provocation » qui s'inscrit dans un mouvement de fond, analysent
Jean-Pierre Gonon, de France-Algérie, et Fatima Besnaci Lancou, de
l'association Harkis et droits de l'homme, rappelant le scandaleux
article 13 de la loi du 23 février 2005, qui ouvre le droit à
l'indemnisation des anciens criminels de l'OAS. Les opposants à ce
mouvement de réhabilitation craignent une promesse de campagne de
Nicolas Sarkozy, qui s'était engagé à reconnaître la qualité de « morts
pour la France » aux victimes du 26 mars 1962. « Si ce pas devait être
franchi, ce serait la fin des valeurs attachées à la qualité de "mort
pour la France." Je me verrais alors dans l'obligation d'engager une
procédure pour que cette qualité soit ôtée à mon père », prévient
Jean-François Gavoury. Dans la foule, Hakim, étudiant, observe, ébahi,
les nostalgiques de la colonisation. « Sarkozy dit vouloir tourner la
page de cette histoire. Mais en glorifiant le passé colonial et en
réhabilitant l'OAS, il fait le contraire d'un travail de mémoire
apaisée », commente le jeune homme. Le groupe d'anciens activistes de
l'OAS se scinde en deux. Les uns se glissent dans un autre cortège
d'anciens combattants venus raviver la flamme. Les autres se rendent à
la messe donnée à l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet.
(1) On notait la présence de représentants de l'Anpromevo, de
l'Association des amis de Max Marchand, Mouloud Feraoun et leurs
compagnons, de la LDH, du MRAP, du Collectif anticolonial, de l'AFASPA,
de l'ARAC, de France-Algérie, de Harkis et droits de l, du Comité
vérité et justice pour Charonne, de l'association Au nom de la mémoire,
du groupe communiste au Conseil de Paris, etc.
Lucie Martin
l' Huma du 28 / 03 / 08