Mai 68 : Un regard communiste

Mis en ligne : 25 mars
Par
quel étrange tour de passe-passe idéologique Sarkozy qui appelait il y
a moins d'un an dans sa campagne à « liquider une bonne fois pour
toutes » l'héritage de mai 68 peut-il être aussi souvent présenté par
des commentateurs prétendument avisés de ces événements comme un enfant
voire un héritier de cette période historique ?
On
prête certes ces temps-ci à Carla Bruni de grandes vertus
transformatrices à l'égard de la personnalité présidentielle mais de là
à nous faire prendre l'enfant chéri du MEDEF pour un adorateur refoulé
de la barricade révolutionnaire, il y a comme qui dirait tromperie sur
la marchandise.
C'est pourtant ce genre de confusions, largement
entretenues, qu'un véritable débat sur la nature de ces événements
devrait s'employer à dissiper. Or si les forces progressistes
réellement attachées à prolonger la portée de ce mouvement unique en
son genre ne s'en occupent pas, ce n'est pas gagné. Autrement dit, la
mémoire de 68 est un enjeu historique et politique de première
importance. Il convient d'abord de réhabiliter un récit non édulcoré de
ces événements. Nous en sommes loin. La singularité de Mai 68 en France
est d'avoir été indissociablement un mouvement étudiant et de la
jeunesse radical ET une grève générale ouvrière inégalée, tout autant
une libération de la société qu'un affrontement de classe de très
grande portée.
La droite qui eut si peur hier de la convergence de
toutes ces forces aimerait tant aujourd'hui pouvoir continuer à trier
et à effacer de la mémoire collective ce qui la dérange.
Il importe aussi de s'attacher à rendre dans toute leur
ampleur la visée émancipatrice des idéaux qui agitèrent alors étudiants
et salariés.
Libération des mœurs et respect de la dignité des
travailleurs, pouvoir du peuple et primauté de l'individu... tout était
mêlé dans cette vague qui allait changer la France. On voudrait
aujourd'hui tout opposer, nous sommer de choisir quand il est au
contraire plus actuel que jamais de s'attacher à faire reculer toutes
les formes de domination qu'elles quelles soient. De 68, il nous
faudrait retenir la dimension jubilatoire pour laisser au vestiaire de
l'histoire l'utopie anticapitaliste. Nous, nous voulons tout garder,
pour tout repenser et tout réinventer.
Enfin l'histoire politique de 68 mérite elle aussi
d'être racontée, ses promesses comme ses occasions manquées. Mieux
vaudrait éviter pour cela d'emprunter les sens uniques d'un
anticommunisme historiquement daté, surtout quand les acteurs
politiques de l'époque sont prêts à un débat lucide et sincère, sans
tabou.
C'est en tenant compte de tout cela qu'on pourra ouvrir
le débat comme il se doit et éviter qu'on nous raconte un peu trop
d'histoires.
Ecouter : IL EST INTERDIT DE S'INTERDIRE - France Inter site du P.C.F
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