Immigration . Réunis en meeting, jeudi, à Paris, les salariés menacent
de lancer une troisième vague de grèves avec la CGT et Droits Devant ! !.
« Vous
bossez ici, vous vivez ici, vous resterez ici ! » clame Raymond
Chauveau sous un tonnerre d'applaudissements. Face à lui, une salle
surchauffée, quelque deux mille personnes venues assister au meeting
des travailleurs sans papiers, jeudi soir, à la Halle Carpentier, dans
le 13e arrondissement de Paris. « L'espoir s'est installé dans les
coeurs, les échines se redressent, tonne Jean-Claude Amara, de Droits
Devant ! !. Le gouvernement doit comprendre que ce mouvement est
inarrêtable ! »
Plus de deux mois après le lancement des premières grèves et
occupations, loin de s'essouffler, le mouvement prend de l'ampleur. La
CGT compte désormais une quarantaine de sites occupés et 700 salariés
en grève. Sur les 1 500 demandes de régularisation déposées jusqu'à
présent, 400 ont obtenu l'assurance d'une régularisation. « C'est
beaucoup, mais c'est encore trop peu, soupire Francine Blanche, de la
CGT. À ce rythme-là, on va tout exploser. Chaque jour, de nouveaux
travailleurs sans papiers sortent de l'ombre et des dizaines
d'entreprises attendent pour se mettre en grève. » Et d'assurer que le
syndicat est prêt à lancer une troisième vague de grève et
d'occupations, « plus importante que la première et la deuxième
réunies », si le gouvernement ne répond pas à leurs exigences.
Pour la première fois, une quinzaine de départements de province
seraient concernés. « Nous disons solennellement au gouvernement : vous
devez faire respecter l'égalité de traitement dans toutes les
préfectures. » La CGT dénonce des inégalités, notamment dans les pièces
à fournir pour constituer les dossiers. Mais également dans les papiers
obtenus : récépissés pour les uns, autorisations de séjour provisoires
(ASP) pour les autres, avec ou sans autorisation de travail… « Ils ont
le droit d'être en grève, mais pas de travailler !, ironise Raymond
Chauveau. Il est temps que le gouvernement arrête avec ses baronnies
préfectorales. »
Autre aberration : certains travailleurs se sont vu refuser leur
régularisation faute d'un salaire suffisant… Les femmes, une centaine
dans le mouvement, sont particulièrement touchées. Ana Azaria,
présidente de Femmes Égalité, réclame des « critères plus souples, qui
puissent s'appliquer aux femmes à temps partiel ». Sur la tribune,
Fanta, salariée de l'entreprise Manet, en grève depuis le 23 mai,
témoigne, devant un public ému : « Être sans papiers, ce n'est pas une
fatalité. La lutte commence tout juste. N'ayons plus peur,
montrons-nous ! » Et Francine Blanche de conclure : « De la part de
tous les salariés, nous vous disons merci. »
Marie Barbier
l' Huma du 14 / 06 / 08