
Mis en ligne : 16 juin
Il ne s'en est pas vanté. Sarkozy a signé à Bruxelles un abandon
d'une incroyable gravité en admettant tous les débordements possibles
du temps de travail.
Avec lui, l'Europe ne va pas de l'avant ; elle
enclenche la marche arrière sociale. Sarkozy s'avère non plus
simplement conservateur mais réactionnaire. Désormais, si vous n'avez
pas les moyens de dire non à votre employeur, si les huissiers ou les
ASSEDIC vous pressent, vous pourrez être obligé de travailler 65 heures
et même 78 par semaine du moment que vous aurez “ bénéficié ” de 11
heures consécutives de non-travail par 24 heures. Ce n'est plus
métro-boulot-dodo, le dernier terme disparaît dans cette furie
ultralibérale. Margaret Thatcher le réclamait, Tony Blair le demandait,
Chirac le refusait, Sarkozy l'a signé, trahissant au passage les pays
comme l'Espagne, la Belgique ou Chypre qui refusaient cette régression
sociale au côté de la France. Quel numéro d'hypocrisie que les
rectifications cauteleuses de Xavier Bertrand, après les sorties de
Patrick Devedjian !
Au moins le secrétaire général de l'UMP disait-il tout
haut ce que son maître ourdissait tout bas. La brutalité de cette
mesure, qui nous replonge vers les ténèbres sociales du XIXe
siècle, dessine à traits précis le projet de civilisation qui sous-tend
toute l'action du pouvoir. Alors que la présidence de Bush se termine
dans la débandade, que les ravages infligés à la planète réclament que
les biens communs de l'humanité soient sanctuarisés, que les famines
reviennent en cortège à la suite des spéculations les plus débridées
sur les matières premières vitales, la droite française persiste et
signe en faveur d'un capitalisme débarrassé de tous les garde-fous
sociaux. Voilà ce que Sarkozy entendait quand il proclamait vouloir “
liquider l'héritage de 68 ”.
Il nous promet la même histoire sans fin, des
actionnaires libres de tout imposer au monde au gré de leurs intérêts,
libres de leurs mouvements, disposant des salariés comme de pions dans
leur Monopoly géant, brûlant au fil de leurs profits les ressources de
la planète. Bienvenue dans le meilleur des mondes ! Entrez dans la
présidence française de l'Union européenne !
La mobilisation syndicale prévue pour le 17 juin
acquiert de la sorte une nouvelle dimension. Il s'agit, bien entendu,
de contrer l'opération de déréglementation – bien française celle-là –
qui supprimerait la référence aux 35 heures. Ce combat pour maintenir
la durée du travail – approuvé par huit Français sur dix, selon un
sondage des Échos – rejoint les préoccupations de tous les salariés
européens. La fiction d'un coq gaulois tous ergots dehors pour
défendre un mode de vie passéiste fait désormais long feu. Le paysage
social et demain politique, il faut l'espérer, oppose les salariés
européens aux multinationales et à ceux qui mettent l'État à leur
service.
Ce tableau dessine aussi un horizon pour les
progressistes de notre continent. Rien à voir avec les exercices de
surplace où l'un se rallie au libéralisme, où l'autre rêve de Tony
Blair tandis que le dernier gère avec zèle l'ordre financier mondial.
La brutalité du capitalisme requiert des transformations profondes de
la société et le rassemblement le plus large pour y parvenir, salariés
communistes, militants socialistes, altermondialistes, syndicalistes,
progressistes, écologistes… Une idée neuve de l'Europe, une idée neuve
pour l'Europe
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